Les cris du jour ou l'écrit du jour ? C'est peut-être le texte de la semaine (et pourquoi pas de l'année ?!!!!)
directement sorti de mon inspiration poétique, où chacun est libre de traverser la frontière entre fiction et réalité...
Bonnes lectures !

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samedi 16 janvier 2021

Eaux de vie

Ce matin mon voisin a gardé son costume de nuit tout gris
et s’étire mollement dans son lit
Hier il était paré d’or
et pavanait dans la vallée
inondée de ses reflets d’argent

Enfant je jouais sur les bords de l’Eure
le temps passait sans souci
En quelques coups de pagaies
les pirates rejoignaient les indiens
À midi le papy de mon plus vieil ami nous régalait
de ses fameuses côtelettes grillées
On était les princes du Mississippi

Plus tard j’ai découvert le fleuve des rois
La Loire délavait ses tapisseries de sable
sous le regard de mouettes rieuses
et d’étudiants emplumés
J’ai suivi son cours jusqu’à l’océan
Gavée d’iode dans les marais salants
l’eau ma raconté des histoires d’oiseaux bleus et blancs
C’est un plaisir sans fin

J’ai rebroussé chemin
posé mes valises au bord du Rhin
Dans ses bras exotiques
je me suis laissé perdre
sous la généreuse canopée
Noisetiers géants
Peupliers démesurés
Lianes de clématites et lierre nourricier

J’aimais aussi flâner sur les quais de l’Ill
suivre son pas lent
traverser sa forêt
ponctuée de daims élégants
Le Ried m’aurait bien happé
fidèle ami
mais une brûlante source d’amour m’appelait

Bordées par le Rhône
les dorsales parées de buis du Bugey
m’ont longtemps hébergé dans leurs chaleureuses prairies
Puis j’ai quitté ma terre promise
pour suivre les méandres jusqu’à la capitale des gaules
Le fleuve est la respiration de cette ville
Il coule désormais sous mes fenêtres
tranquille
Parfois l’agitation du monde le rend tumultueux
ce soir je me bercerai de ces flots scintillants
mes rêves rejoindront alors le clapotis de ses berges en silence

Demain il atteindra son delta
je m’imprègnerai de ses possibles
puis je m’envolerai avec une compagnie de flamants roses
et nous irons ailleurs
chanter nos odes
à d’autres eaux de vie



© photo Laurent Dufour

mardi 17 septembre 2019

Solidarité et automobile

N’est-ce pas incroyable toute cette mécanique bourrée de technologie qui nous transporte sans rechigner pendant des années et qui part en fumée dans un rugissement de moteur désespéré ? Je dis ça parce qu’hier soir, ma voiture m’a offert un grand spectacle digne des meilleures prestations pyrotechniques, au point de laisser penser aux habitants du quartier qu’un grand incendie venait de se déclarer ! Mais plus impressionnant que dramatique, cet épisode, où il n’y avait que de la fumée sans feu, a ouvert une sorte de faille spatio-temporelle dans mon emploi du temps et laissé la place à des rencontres imprévues.

Lorsqu’on tourne la clé dans le contact on n’a pas conscience que c’est peut-être la dernière fois. Combien de fois démarre-t-on ce fabuleux résultat d’une grande ingéniosité, cet aboutissement de longues études, de tests de prototypes, ce produit issu d’une industrie pharaonique ? Les nombreux ouvriers, techniciennes et autres ingénieurs qui dépendent du secteur réalisent-ils à quel point notre quotidien est entre leurs mains ? Du jour au lendemain, on se retrouve à pied, et s’enclenche un processus plein de rebondissements : annulation de rendez-vous, suivi de l’affaire avec l’assurance, échanges avec le dépanneur qui prend en charge le véhicule, etc.

Heureusement, un ami arrive ! Sans lui, point de salut. Cet ange-gardien vous épaule, et surtout vous véhicule le temps de régler cette affaire qui devient prioritaire et remise les autres activités en cours au rang de lointains souvenirs. Un bonheur n’arrivant jamais seul, une amie répond présente, immédiatement elle aussi, et vous prête sa voiture quelques jours, en attendant de trouver une solution à cet épineux problème. Que demander de plus ? Une nouvelle voiture ?

Le garage qui prend en charge la voiture moribonde et l’assurance préconisent le même cap : la casse. Il est vrai que le coup de théâtre du bolide laisse penser que la situation est désespérée ! Donc, la suite logique s’impose : vider le véhicule de tous ces petits trésors accumulés au fil des kilomètres, laisser la poussière sur les tapis et le réservoir quasi plein, puis déposer les clés et la carte grise à l’accueil avec un léger sentiment d’injustice et de gâchis. Le garage est sympa, il propose des occasions mais « Vu votre situation, nous ne pouvons pas envisager de prime à la casse et encore moins de prime à la conversion ». Je vous épargne le prix des occasions proposées, sans aucune cohérence avec la situation, le vendeur ne mesure évidemment pas que vous venez de perdre une voiture, de l’argent et que vous allez devoir faire face à une grosse dépense imprévue. On est toujours un peu mesquin dans ces cas-là, non ? Mais ne perdons pas de temps, allons au plus simple, cherchons un véhicule de remplacement.

Je vous la fait courte : mon garagiste habituel est un type malin et généreux. Alors que je lui rends visite pour voir s’il n’aurait pas une petite occasion pas chère, il me demande pourquoi j’envoie ma voiture à la casse alors qu’il sait où me trouver un moteur de rechange ! Vive le recyclage ! Je retrouverai donc mon fidèle destrier pour une seconde vie la semaine prochaine et, en attendant, l’enchainement heureux se poursuit avec un autre ami qui transmet l’info à une autre amie qui va me prêter sa voiture jusqu’à ce que je retrouve la mienne. Elle est pas belle la vie ?

Au début, la situation pouvait paraître tragique, on aurait pu se laisser emporter par l’émotion, mais quand on a une bonne étoile, on ne se refait pas, on attend la fin de l’averse en philosophant joyeusement : allons, ça pourrait être pire ! Et au moment où cette pensée vous traverse, vous croisez une amie en voiture qui vous interpelle en disant : « Hé, salut ! Comment tu vas ? Ça faisait longtemps ! Oups, excuse-moi, je remets ma perruque… », conclut-elle, en dissimulant coquettement une jolie boule à Z. Et de raconter comment se passe le traitement, la réorganisation du quotidien et les réactions de l’entourage. Je suis content de la revoir en forme et comme je lui raconte mes déboires automobiles, en précisant que je préfère ça qu’une patte cassée, elle me propose de me servir de taxi puisqu’elle est dispo en ce moment, et ajoute dans un éclat de rire : « Ça vaut mieux qu’une bonne chimio ! »

Que tous ceux qui ont gentiment proposé d’autres solutions que celles exposées ici, ou simplement été présent, ainsi que ceux qui se reconnaissent dans cette histoire, soient copieusement remerciés. Votre humanité est un trésor inestimable. Que la vie vous gâte chers amis !

vendredi 19 juillet 2019

Pas de jaloux

Bien sûr je vous aime aussi
mes potos mes frangins
sans vous je ne serais rien

Mon père dont j’étais si fier enfant
et qui m’impressionne toujours autant
tu m’as offert la nature
le cadeau de sa contemplation
l’envie de l’étudier et de la transmettre
peut-on rêver trésor aussi grand ?

Nous héritons de nos aïeux
nos grands-pères qui aimaient tant la terre
la parcourir et la travailler
leur sang d’explorateurs coule dans nos veines
et leurs sagesses sillonnent nos mémoires

Et vous mes frères mes amis mes copains
combien d’aventures avons nous vécues
combien de jeux avons nous inventés
combien de monde avons nous bâtis
vous m’avez offert votre protection votre affection vos jeux de mots bidons

votre poésie naturelle et si belle
grâce à vous j’ai tenu sur des planches mêmes savonneuses
j’ai gravi des côtes ardues
dévalé des pentes vertigineuses
et remonté de creux insensés
vous m’avez plus d’une fois sorti de l’ornière
vous avez fait de moi un compagnon sincère
sans vous je ne connaitrais pas les sommets
je ne serais pas un homme complet

Le serais-je sans toi mon fils
toi qui m’offres sans condition ta vie
ton rire dès le matin
tes rêves et tes jeux pleins de passions
ton enthousiasme et ta détermination
ton regard neuf sans jugement
ta présence si douce
ton caractère si aimant

Vraiment les gars merci
sans vous la vie serait un enfer

Avec vous et celles qui aiment sans compter
c’est un paradis

jeudi 18 juillet 2019

Rien sans elles

Vous m’avez tant apporté
sans vous je n’aurais jamais déployé mes ailes

D’abord celle qui m’a couvé
merveilleuse mère
dans les bras de laquelle j’ai éclos
tu m’as offert l’amour et la sensibilité
la simplicité des tartines de beurre
l’efficacité de recettes joyeuses
la liberté d’un arc en ciel
et le goût des belles choses

Celles qui t’ont précédée
m’ont transmis l’intuition animale
le respect de la vie
et les mystères de la lignée

Il y a aussi mes sœurs qui m’ont appris des gros mots
à roter et tant d’autres jeux rigolos
nous avons grandi ensemble
nous nous sommes suivis épaulés
vous m’impressionnez
grâce à vous j’ai gouté à l’amitié aux fous rires au pouvoir de l’émotion

à la puissance de la méditation à la générosité à l’audace
et à la magie des histoires

Je n’oublie pas non plus celles qui m’ont un jour juste souri servi soigné formé encouragé sans attendre de contrepartie

Il y a celles aussi que j’ai aimées du mieux que je pouvais
et qui m’ont aimé en retour
malgré mes maladresses mes faiblesses et mes imperfections
vous m’apprenez la patience des rivages
l’écoute des nuages
la douceur des forêts de confiance
et l’humilité des oiseaux
vous me passionnez vous m’emballez et je deviens balle de coton

Vous avez fait de moi un homme
vous pouvez être fières de vous


Que votre chemin soit toujours fleuri
vous êtes ma force mon souffle ma vie

Grâce à vous je peux aller jusqu’au bout
j’espère partager dignement tout ce que vous m’avez appris

et je vous souhaite de continuer longtemps à offrir tout cet amour
à ceux qui vous entourent

vendredi 29 mars 2019

L’égo à l’épreuve du temps

Hier j’étais en colère contre les beaufs racistes, ceux qui s’approprient le corps des autres, les accros au pouvoir, les chasseurs qui ne savent pas viser, les gendarmes alcooliques, les actionnaires de résidences senior, les dictateurs de tous poils, les exploiteurs de tous bords, les pollueurs sans scrupules et je vous épargne les machos ridicules.
Aujourd’hui, je prends ma part d’imperfection, de fainéantise, d’égoïsme, de maladresse, d’impuissance, de manque de courage et de mauvaise foi.
Et si demain j’atteignais l’éveil ? Je découvrirais peut-être que tous ces connards ne sont que les reflets de mes petites parts de moi-même que j’aimerais cacher sous le tapis. Et s’ils étaient les échos monstrueux de mes faiblesses, les caricatures de mes ratures ? J’aimerais briser le miroir dans lequel nous venons tous nous contempler. Pourrais-je alors leur pardonner ?

En attendant, il arrive que les temps se mélangent, parfois je plonge avec effroi dans de futures vagues incertaines, l’instant d’après je navigue à vue sur des ressacs de nostalgie, ou encore j’échoue sur des plages de bonheur stable fin. Alors je savoure ces précieux moments comme des présents cousus mains, comme si ces trames étaient sans fin. Mais rien ne dure, et l’impermanence tente de m’apprivoiser, de m’élimer jusqu’à la corde, pour que je cesse de chercher à toujours être au sommet.

Alors mes limites s’imposent à moi, je les reconnais et j’aimerais les accepter, en faire mes alliées. En espérant que moins je chercherais à remplir les vides de mon existence, plus j’apprécierais d’être comblé des trésors de ma vie.
Enfin, le flot de pensées qui m’assaille ralentirait peut-être son cours torrentiel. Rejoindrait-il ensuite des eaux plus calmes et sereines avant de se mêler à un océan d’amour et de paix ?

jeudi 8 novembre 2018

Mon amour de tous les jours #2

Son sourire en banane
il me l’offre chaque matin en milk shake pour me sortir du sommeil.
En guise de réponse
je lui prépare une tartine de groseille
et sans griller gare on part
en rigolade pour chasser la grisaille.
Notre soleil se lève en musique
pour ouvrir la journée du bon pied
un bon clin d’œil aux histoires
qui débarquent d
ès les premières lueurs.
Sorties de nos rêves
elles s’invitent à notre table
nous enveloppent de câlins et d’embrassades.
Soudain en embuscade
c’est un lionceau qui me saute sur le dos
avant de venir se blottir
entre les pattes de son royal père
pas peu fier
le cœur gonflé de constater chaque jour

les progrès que mon joyeux gamin
engrange sous sa crinière.
En retour je découvre à ses côtés

comment vivre un autre temps
tout simplement.

samedi 20 octobre 2018

Retrouver l’enfant


Il est là, planté devant moi, son regard espiègle fixé dans le mien et il me demande tout de go : « Alors, elle est où ta combinaison de cosmonaute ? Et ta baguette de chef d’orchestre ? Et tu l’as fait ton tour du monde ? » Je le prends par la main et nous décollons ! Ma réponse lui plait ! Nous marchons sur les nuages et de là-haut, je lui raconte ce que j’ai vécu ici et là. Je ne suis pas allé dans l’espace mais j’ai assisté au décollage d’une fusée, na ! Nous revivons ce souvenir et il en redemande, alors nous y retournons plusieurs fois. Je me lasse avant lui et j’arrive à le convaincre de s’asseoir et d’écouter.
Il attend, l’œil curieux, face à une scène remplie de chaise vide. J’entends notre cœur battre quand l’orchestre s’installe et je le sens vibrer au son des archets caressant les cordes. Les instruments nous déposent sur des plages où j’ai bronzé, puis nous surfons sur des vagues dans lesquelles j’ai plongé ; la mélodie interprète un chant de baleine, puis les percussions déferlent sur des falaises. Les vents nous emportent ensuite chevaucher des dunes et parcourir des forêts. Parfois un solo raconte une rencontre et nous rions et pleurons en saudade de ces retrouvailles. Le concert terminé, nous reconnaissons que nous avons été gâtés. Promis, on ne se quitte plus, le rêve a rejoint la réalité.

lundi 13 novembre 2017

Mémé encore


C’est là tout proche
Comme si c’était hier
Mais plus là demain
Parti depuis longtemps
Ton visage
À part ce portrait
Ton visage parcheminé
Ce sourire taquin
Et tes mains
Si dure si fines
Constellées de tâches
Tout un univers de temps
Passé sur tes mains
Et ton parfum
Un vague souvenir
As-tu connu plus précieux que cette eau de Cologne ?
Tes mains encore
Laisse-moi les caresser encore
Entendre ma peau sur la tienne
Et écouter ta voix
Tes R roulent dans mon oreille
Tes R demeurent
Mais où est le reste ?

dimanche 15 octobre 2017

La bohème

Toute une aventure
préparée des jours à l'avance
les affaires de toutes sortes les vêtements les jouets
t'as pensé aux brosses à dents
la vaisselle elle est déjà dedans
en plastique blanc à grosses fleurs oranges
assortie aux rideaux
comme les sièges
tout un univers
un salon une cuisine une salle de bain
une chambre à couchettes
et des placards partout
même sous les lits
le tout monté sur roues
attelée derrière la Ford Granada bleue marine
le luxe
la liberté
une vie de nomade le temps d'un été
des heures de route
des pauses casse-croute
et chaque année un nouveau camping
rien de bling bling
juste ce qu'il faut
pour être heureux
éplucher les haricots sous le auvent
frire les poissons fraichement pêchés
jouer aux cartes sur la table pliante
celle qui a des pieds téléscopiques
existe-t-il meilleure façon de voyager
une caravane quand on est gosse
c'est comme avoir une maison de famille
dans chaque port de Bretagne
des châteaux en Espagne
un chalet dans les alpes
au fil du temps
la roulotte devient un vieux pote
un membre de la famille
un être cher
qu'on n'oubliera jamais


Atelier d’écritures, Boffres, dimanche 15 octobre 2017

Les cabanes de mon enfance

Brics et brocs
des planches des clous
des planques des coups
des coups bas
mes rien de méchant
des rixes de saltimbanques
un terrain vague
garni de buttes poussiéreuses
couvertes d'une végétation brute
tiges sèches et herbes folles
un Far West de poche
pour cowboys de quartier
des immeubles en guise de Monument Valley
des petits voisins à la place des indiens
des cabanes qui se construisent
avec ce qui traine dans les caves
des cartons
des étais métalliques rouillés
un caddy défoncé
chacun son fort
son domaine à défendre
les bandes s'affrontent
à coups de pistoles à ventouses
de fusils à patates
et de claques-doigts qui pètent
pour faire semblant
comme les grands
on dirait que t'es mort
et demain on revient
ou mercredi prochain
cette fois on sera des gendarmes et des voleurs
et les forts d'hier
deviendront les prisons d'aujourd'hui
on enfourchera nos vélos
comme des motos
lancées à toute vitesse
dans des courses poursuite endiablées
un bout de carton fixé au cadre
pour claquer dans les rayons
et croire qu'on chevauche une grosse cylindrée
puis se sera l'heure du goûter
alors on enchainera les tartines
de beurre saupoudré de chocolat
et en parlant la bouche pleine
on rira aux éclats


Atelier d’écritures, Boffres, dimanche 15 octobre 2017

lundi 10 avril 2017

Roucoulement

Toujours le même roucoulement tranquille.
Mon grand-père marchait ainsi, d'un pas roucoulé tranquille. Une sorte de bossa nova semblait porter ses pas.
J'aimerais tant trouver ce rythme là.

jeudi 2 février 2017

Il nous restera ça #2

De cette période magique où nous avons laissé tant de sable s’insinuer dans nos sacs et nos duvets, il nous restera ça. Cet air sec et épicé à l’atterrissage. La route, toujours la même, pour rejoindre le Désert tant attendu. La sempiternelle balade au souk de Douz pour acheter un chèche et quelques babioles, dont des dattes bien sur ! Et enfin les derniers kilomètres d’asphalte avant de plonger dans les dunes. Les glissades des roues dans le sable et le paysage qui défile, ocre ou gris selon la lumière, jamais le même. Puis, l’arrivée au point de départ de la balade. La rencontre avec les chameliers « Salam Aleykoum », « Aleykoum Salam » ! « Asseyez-vous on va boire un thé ! »
Il nous restera le goût incomparable des oranges dont le jus coule, frais et doux dans nos gorges sèches, le crissement du sable sous la dent, quand nous mangeons la galette cuite dans la cendre, les couchers de soleil que nous guettions chaque soir en sentinelle, chacun sur sa dune. Et dans le creux de nos sacs, dans les plis des duvets, dans les fibres de nos habits, partout, partout… du sable d’une finesse et d’une douceur incroyable !


Atelier d’écriture, Saint-Georges-les-Bains, jeudi 2 février 2017
où j'avais proposé d’écrire à partir de la phrase issue de l’album éponyme de Grand Corps Malade, Il nous restera ça.Puis, nous avons complété la production de notre voisin. Ici, Sylvie à poursuivi mon texte…

jeudi 8 décembre 2016

Pépé

Aucune photo jaunie ne peut raconter cette manie que tu avais de touiller ton café alors que jamais tu ne le sucrais
Aucune photo jaunie ne saurait chanter cette mélodie

« Elles se font toutes couper les ch’veux, parce que c’est la mode et c’est tant mieux »
À l’époque où tu chantais, aucun portable ne filmait
Mais si youtube avait existé, tes yodles auraient été un succès
Aucune photo jaunie ne mesure les kilomètres que tu parcourais à pas comptés comme des années égrenées au fil du temps arrêté
Aucune photo jaunie, Pépé, pour rappeler tes séances de gym et de yoga matinal
Aucune photo jaunie mais un cœur d’or, toujours là, comme une escale


Atelier d’écriture, Saint-Georges-les-Bains, jeudi 8 décembre 2016
où j'avais proposé d’écrire à partir d’une couleur associée à un souvenir.

jeudi 13 octobre 2016

Derrière la porte

Si ma grand-mère était une porte
je pourrais l'embrasser
lui claquer
la bise

Elle serait campée sur ses gonds, solide, la clenche ferme, entrouverte pour manifester souvent son bonheur d'accueillir. Sauf la nuit, bien fermée.
Bon aujourd'hui, elle serait sans doute vermoulue mais autrefois elle aurait certainement été bien astiquée, en bois, lessivée au savon de Marseille et protégée par une belle couche de cire d'abeille.

Si ma grand-mère était une porte,
elle serait bleu-marine et me ferait des tartines, de la bouse d'ours et du riz au lait. Elle serait une porte gourmande et ouvrirait à la fois sur le poulailler poussiéreux, le jardin fleuri, couronné de mirabelles, le grenier mystérieux, la chambre fraîche et humide.

Si ma grand-mère était une porte,
elle serait chatouilleuse et rirait volontiers au lieu de grincer. Et elle vous verserait de la gnôle sur un sucre pour vous faire passer l'envie de tousser !


Atelier d’écriture, Saint-Georges-les-Bains, Jeudi 13 octobre 2016
où j'avais proposé de rédiger un texte inspiré par la citation de Christian Bobin : "Ecrire, c'est dessiner une porte sur un mur infranchissable, et puis l'ouvrir." Mais qu'y a-t'il derrière cette porte ?

jeudi 12 mai 2016

Boule à neige

Aujourd'hui, jeudi 12 mai 2016, je vis dans une boule à neige... Des flocons volent en tout sens. Pourtant je n'ai pas remarqué que le village avait été mis sous cloche. Je n'ai pas non plus eu la sensation que le monde avait été brusquement retourné. Cependant, aucun doute, dehors il neige. Ça n'arrête pas. C'est une valse continue de duvets immaculés. Passé la stupéfaction - bon sang, il n'y a vraiment plus de saison - je prends mon courage à deux mains et j'ouvre la fenêtre. La tempête s'engouffre et je me retrouve couvert de la tête aux pieds. Je referme brusquement. J'ai eu juste le temps d'identifier la source de cette avalanche : un peuplier voisin en plein débourrage ! à vos souhaits !

mardi 9 février 2016

Mémé #1

Gilet bleu marine
blouse bleue marine
combinaison bleue marine
chaussures bleues marines

Visage pétri par le temps
coloré de rayons de soleil
l’œil malicieux

Petite, tu tricotais les poils de la barbe du curé à travers la grille du confessionnal ! Que pouvais-tu bien avoir à te reprocher pour occuper tes doigts de façon si peu banale ?

Bien plus tard, au soir de ta vie, je t'ai observée maintes fois te tourner les pouces pendant que tu discutais. Pourtant, tu n'es certainement pas restée souvent longtemps à ne rien faire. Avant je te voyais au crochet, au tricot, au fricot, sortir le boileau du frigo, porter au jardin un cossieau...

Le matin, l'odeur de tes grosses rôties de pain grillé me sortait du sommeil et, alors que je m'attablais, tu me les tartinais généreusement de rillettes pour que je les trempe dans mon bol de chocolat.

La nuit parfois, si mes frères t’empêchaient de dormir parce qu'ils toussaient, tu leur donnais un sucre sur une cuillère, imbibé de ce mystérieux breuvage sorti goutte à goutte de ce dodu flacon de terre coiffé d'une tête de bonne femme.

La dernière fois que je t'ai embrassée, tu étais froide comme la pierre et dure comme du bois alors que je t'ai toujours connue tendre et chaleureuse comme une brioche des rois.

Tu avais le rire facile, Mémé, et tous ceux qui te connaissaient t'aimaient. Tu conservais les haricots et autres fruits de ton potager, moi je conserve de toi le souvenir des mirabelles qui illuminaient l'arbre planté au milieu de ton jardin.

Atelier d’écriture, MJC de Portes-lès-Valence, Lundi 8 février 2016
où j'avais proposé de composer le portrait d'un proche.

lundi 8 février 2016

Mémé #2

Peindre d'abord une ferme
avec une étable
peindre ensuite
quelque chose de champêtre
quelque chose de familier
quelque chose d'ensoleiller
quelque chose d'accueillant
pour Mémé
placer ensuite la toile contre un mur
dans un salon
dans une cuisine
ou dans une cabane de jardin
se cacher derrière la cabane
sans rien dire
sans bouger

Parfois Mémé arrive vite
mais elle peut aussi bien mettre de longues années avant de se décider
ne pas se décourager
attendre
attendre que ses pas sur les graviers du chemin se rapprochent
écouter le couinement de la pompe et le flot de l'eau qui remplit l'arrosoir
attendre que Mémé pose l'arrosoir au bout de l'allée
observer ses allées et venues, penchée sur les plates-bandes, affairée à arracher les herbes, à biner les rangs
"Un bon binage vaut deux arrosages !"

Pendant que Mémé arrose ses haricots, effacer la clôture, le grillage et la serrure de la cabane 
hisser la grand voile au tronc du mirabellier, laisser le jardin partir à la dérive et survoler les chemins creux, les buissons de mûres, les noisetiers, les mares coassantes, les rues souriantes

Faire ensuite le portrait d'une forge, d'une cour et d'une arrière cuisine
peindre aussi des poules, de la terre battue, des œillets d'inde et du café brun dans des verres à eau
si Mémé s'attable c'est bon signe
signe que tout le monde est là
alors vous pouvez sucrer
sucrer votre café et le boire.

Atelier d’écriture, MJC de Portes-lès-Valence, Lundi 8 février 2016
où j'avais proposé de composer le portrait d'un proche en s'inspirant du poème de Prévert "Pour faire le portrait d'un oiseau".

mardi 17 mars 2015

Petits peuples intérieurs #1

Ittugarde s'éveille pétillante. Le cœur chaud, courant vers le col, son regard salue les sommets. atteignant son but, elle élance ses bras dans une explosion de lumière et embrasse le soleil. Elle s'apaise enfin, rassurée.

Atelier d’écriture, MJC de Portes les Valence, Lundi 16 mars 2015
où j'avais proposé de rédiger de courts textes autour d'une émotion, mise en scène dans un décor inspiré de cette humeur... tout un monde habité de petits peuples intérieurs !

lundi 19 janvier 2015

Procrastination fallacieuse

Procrastination
Une lueur de défi brille dans l’œil de ce mot étrange
Comment résister à la tentation de répondre à cet appel
Tu ne repousseras pas jusqu’à la veille de la soirée slam-poésie
Tu ne remettras pas à hier ce que tu pourrais faire demain
Écrire sur ce thème est une invitation à un voyage au bord du monde
J’irai bien me pencher là-bas mais ne sachant pas ce que j’y trouverai je préfère m’abstenir pour le moment
Partez devant je vous rejoins

Écrire sur ce thème est une incitation à la remise en question
Pas immédiatement non
Ma première pensée va à ma femme
Féministes ne criez pas elle le reconnait elle-même
Elle a la procrastination dans la peau
C’est comme une seconde nature chez elle qui lui vaut régulièrement de se coucher à point d’heure pour terminer un travail qu’elle aurait pu boucler bien plus tôt
Cette faiblesse est une cause de stress et d’angoisse qui la laissent souvent dangereusement sonnée et insatisfaite
Bref une belle source d’engueulade
Un vrai tue l’amour

Mais je ne suis pas là pour parler de ma femme
Mais bien de moi
Car dès que ce thème a commencé à cheminer dans ma petite cervelle
L’idée saugrenue que moi aussi je puisse avoir la capacité de procrastiner m’a traversé l’esprit
C’est devenu d’autant plus évident que l’adjectif fallacieuse me laissait penser que ce léger défaut d’organisation pouvait se manifester de façon perfide et sournoise
Voire à l’insu de mon plein gré
Bingo
J’ai tout de suite pensé à ce que je remets toujours à plus tard avec les meilleures excuses du monde
Depuis j’ai découvert aussi avec horreur le lien possible entre procrastination et perfectionnisme
Aïe
Vue mon incapacité à supporter de livrer un texte avec la moindre coquille je me demande si je ne vais pas devoir aller consulter
Mais on verra demain

En attendant j’ai dressé une liste
Exhaustive évidemment
De tout ce que je repousse à plus tard
Le mois prochain
L’année prochaine
A la saint Glin-glin
A une vie suivante
Voire à jamais
Dans l’ordre des priorités
Réduire ma consommation d’alcool
Ça c’est fait ou presque
Arrêter de fumer
Des fois oui
Cesser de tout prendre pour moi
Je m’améliore mais je vois qu’il y a encore beaucoup de susceptibilité en ce bas monde
Tenter l’expérience de l’ici et maintenant
Quel bonheur lorsque j’y parviens
Me rapprocher de moi et des autres
Le chemin est long mais la voie est agréable à emprunter
Jouer du piano
Et pourquoi pas de la guitare de la harpe ou danser le flamenco pendant que t’y es
Ha oui j’allais presque oublier
Une des premières images qui m’est venue en pensant à ce thème c’est l’accueil d’un sans papier ou d’un sans abri chez moi
Jamais fait alors que j’y pense depuis des années
Et si je participais à un cercle de silence au moins
Ça changerait quoi
Il y a aussi les copains du jura qui luttent contre l’exploitation des gaz de schistes sans moi
Qu’est-ce que j’attends pour rejoindre les groupes ardéchois
Et puis et puis et puis

Et puis après avoir été paralysé par la tragédie qui a touché Charlie Hebdo et les autres tueries qui ont suivies et qui nous ont tous laissés abasourdis
Je me suis dit
Tiens il semblerait que la procrastination puisse être oubliée parfois
Impressionné par l’élan de rassemblement qui s’est manifesté les jours suivants
La tragédie m’a rappelé combien je souffre à chaque annonce des horreurs qui parcourent chaque jour la Terre et pour lesquelles je ne prends jamais le temps d’aller défiler
Alors j’ai pensé à la liberté d’expression et la liberté tout court
Et je me suis dit que ce sont des valeurs auxquelles je tiens autant que le partage et le respect
Alors qu’est-ce que j’attends pour aller les défendre

Est-ce que j’irai demain aider les enseignants à débattre de ces horreurs avec leurs élèves
Les aider à éviter les discours opportunistes les récupérations les amalgames
Est-ce que j’irai demain rencontrer mes frères juifs ou musulmans près de leurs lieux de cultes pour leur dire combien je les aime et qu’ils n’ont rien à justifier et qu’ils ne sont en rien responsables et qu’ils ne méritent pas les saloperies inscrites sur leurs murs
Est-ce que j’irai demain dire aux puissants de ce monde que ce sont eux que je tiens pour vrais responsables
Par le maintien des rapports de pouvoir et de corruption qui nuisent à l’épanouissement de tant de peuples voire les anéantissent sans vergogne
Est-ce que j’irai demain moi-même affirmer que je contribue à ce système inégalitaire malgré mes petits réflexes de bobo bien organisé bien obéissant toujours prêt à brandir mes choix de consommation comme des actes militants

Non surement
Demain je me lèverai comme les autres jours
Oubliés les soucis
Je me remettrai à travailler comme avant
Persuadé que mon perfectionnisme n’est pas une façon de fuir
Mais peut-être que je garderai un objectif en tête malgré tout
Celui de toujours agir avec paix et amour
Peut-être alors je ne remettrai pas à plus tard finalement ma recherche d’une nouvelle organisation personnelle
Peut-être alors je continuerai à accepter le changement
Peut-être alors je laisserai mon égo à sa place
Peut-être alors je serai enfin plus disponible pour aider ceux qui en ont besoin
Et peut-être alors je passerai un peu plus à l’action
Peut-être alors je ne me laisserai plus bec clouer par des discours idiots ou des paroles irréfléchies
Peut-être alors irai-je encore plus à la rencontre des autres
Peut-être alors encouragerai-je le partage et le faire ensemble
Peut-être alors le monde ira mieux
Alors j’irai me pencher tout au bord du monde pour contempler le résultat
Alors je pourrai peut-être reprendre une vie confortable et tranquille
Mais pour le moment il y a du pain sur la planche et je crois qu’il va falloir me retrousser les manches
Allez au boulot


Texte produit pour la soirée Slam-poésie du 17 janvier 2015
au resto « Le mot à la bouche
» de Valence,
et dont le thème était « procrastination fallacieuse » !