Les cris du jour ou l'écrit du jour ? C'est peut-être le texte de la semaine (et pourquoi pas de l'année ?!!!!)
directement sorti de mon inspiration poétique, où chacun est libre de traverser la frontière entre fiction et réalité...
Bonnes lectures !

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lundi 20 janvier 2020

La chanson d’Icare

Qui ne tente rien n’a rien
Certains choisissent le labeur du labour
D’autres prennent la mer
Des villes s’endorment
Des îles se taisent
Et pendant ce temps
Des fous tentent l’impossible
Tant que les moutons bêlent
La caravelle passe

Au-delà des îles endormies
Des fous tentent des rêves interdits

Aussi loin que portait son regard
Icare aurait voulu aller voir
Chanter avec les nuages
N’attire pas que de bons présages
Il aurait pu se contenter
De devenir marchand ou berger
Mais ses rêves l’ont conduit autre part
Gravir les sommets
Atteindre les stars

Au-delà des îles endormies
Des fous tentent des rêves interdits

Que les villes s’agitent
Que les ports s’affairent
Il ne voulait que suivre son père
Tel un oiseau il a pris son envol
Extrait du sol au-delà des frontières
Hardi et audacieux
Manque de bol
Il a fini les pieds en l’air

Au-delà des îles endormies
Des fous tentent des rêves interdits

Nul ne s’est soucié de sa chute
Pas un regard seulement un plouf
Laissant à la surface
Quelques plumes éparses
Pendant que les moutons bêlent
La caravelle passe
Pas un marin ne le hèle
Ni aucun pêcheur ne le rejoint à la brasse
Icare a eu le courage d’aller jusqu’au bout
Mais s’il avait su
Il aurait mieux préparé son coup

Au-delà des îles endormies
Des fous tentent des rêves interdits




Texte inspiré de La Chute d'Icare de Pieter Brueghel l'Ancien.

lundi 6 janvier 2020

Le temps passe

Le temps passe et tente d’étendre l’espace

Le temps est une tendresse
un baiser dans le cou
il suit sa lente courbure
à la vitesse d’un coucou
dans l’accélérateur de particules
assis en tailleur
les heures il coud
assemble les jours
suit le fil des liens
tissés de l’un à l’autre
distant d’un cœur
proche d’un océan
le temps se meut
le temps mue
le temps soupire
le temps soude
le temps sépare
la distance rassemble
le temps s’évade
où va-t-il
où il veut mon amour

Le temps passe et tente de détendre l’espace

Le temps ne connait pas de frontières
rien ne l’arrête
il suspend son vol
quand ça lui chante
il remonte le cours
pour se souvenir des chapitres
mémoire courte
il court sans nostalgie
et se pause au présent
s’oppose aux prés sans noms
et dit oui aux après dès maintenant
son appétit de présent est sans fond
le temps s’en fout d’être ici ou ailleurs
il brûle tout son carburant en un instant
jamais en panne
il coule à flot

L’éternité s’attrape en un quart d’heure

Le temps passe et tente d’étendre l’espace

L’exploration du futur est un bond en avant
y plonger c’est respirer le néant
se lancer dans de grisantes projections de couleurs
quand il pleut tout le temps
quant au rétroviseur
il offre un regard empli de sagesse

Le temps est une caresse sur la vérité qui passe

Le temps passe et tente de détendre l’espace

Le temps prend des tournures qui nous échappent
il lui arrive de mettre le verbe à la fin
ses zébrures s’assouplissent ou s’effacent
il arrondit parfois les angles
parfois creuse l’écart entre les crêtes
à ceux qui se prennent pour des coqs
il taille les ergots
sifflant soudain des airs gais
puis file sur une dune au creux d’un sablier
on croit alors l’enfermer
le compter
mais l’heure n’est qu’un leurre
pour pécher de relatives erreurs
le temps n’a rien a prouver
si tu cherches des pieuvres
le temps t’accule
palpe ton poulpe
le temps palpite
se meurt et te mure
enfermé dans de sourdes terreurs
aux heures de la terre
l’humain est aux fers
le temps se rit de ces entraves
rien ne l’enserre
il ne s’use que si on le libère

Le temps passe et tente d’atteindre l’espace

Le temps se lit de bas en beau
à contre courant
de la vitalité des tripes au cerveau
et de la tète au pied
pour faire un tour complet
d’horloge bio
logique le temps ne parle qu’aux vivants
au delà c’est mystique
il est dans le secret des Dieux
leur jouet le plus précieux
un temps il a tenté de rivaliser avec l’espace
de lui infliger quelques morsures
mais l’espace a gagné
dans un trou noir
il l’a happé

Le temps passe et se laisse aspirer par l’espace

lundi 17 juillet 2017

Mon ami perdu

Un petit reggae pour la route ?

Iyoo yo
Iyoo yo
Iyoyoyo
Iyoyoyo

Où es-tu
Où es-tu
Tu me manques tant
Mon ami perdu

Les amitiés à la gomme
s’effacent sans laisser de traces
sans laisser de traces

Les amitiés perdues
sont celles de ceux qui ne pensent qu’à leur peau
dès que rien ne va plus

Les amitiés gratuit’ sont rares
ce sont des dons dignes des chevaliers cathares
des chevaliers cathares

Le problème avec les vieilles rengaines
c’est qu’à trop les écouter
on pourrait sombrer dans la haine

au lieu de dire aux amis merci
et à ceux qui sont partis
pardon
je t’aime

Où es-tu
Où es-tu
Tu me manques tant
Mon ami perdu


Iyoo yo
Iyoo yo
Iyoyoyo
Iyoyoyo
 


Les amitiés détruites
gisent sous les décombres de piliers effondrés
et n’ peuv’t être reconstruites

Les amitiés sans juges
sont celles qui ne souffrent d’aucun procès
chacun sachant chasser sans son chien se reconnait dans son prochain

Les amitiés sincères
s’expriment sans fard ni masque
sans fard ni masque


Le problème avec les vieilles rengaines
c’est qu’à trop les écouter
on pourrait sombrer dans la haine

au lieu de dire aux amis merci
et à ceux qui sont partis
pardon
je t’aime

Où es-tu
Où es-tu
Tu me manques tant
Mon ami perdu


Iyoo yo
Iyoo yo
Iyoyoyo
Iyoyoyo


Les amitiés meurtries
sont des amours délaissées
elles finissent par périr comme de trop vieux fruits

Les amitiés assassines
vous poursuivent même blanchi
avec un couteau de cuisine

Les amitiés froissées
pourraient de nouveau s’envoler
en retrouvant l’art du papier plié


Le problème avec les vieilles rengaines
c’est qu’à trop les écouter
on pourrait sombrer dans la haine

au lieu de dire aux amis merci
et à ceux qui sont partis
pardon
je t’aime

Où es-tu
Où es-tu
Tu me manques tant
Mon ami perdu

Iyoo yo
Iyoo yo
Iyoyoyo
Iyoyoyo

samedi 9 avril 2016

Ah si j’étais

(sur l’air de In a sentimental mood de Duke Ellington)


Ah, si j’étais un homme
J’arrêterais de décréter à tout bout de champ
J’arrêterais de déboiser les bords des champs
J’enracinerais profondément les méchants
Ceux qui ont la vue courte
Ceux qui ne savent pas prendre le temps

Ah, si j’étais un homme
Tous les jours je planterais une graine
Tous les jours je caresserai une écorce
Tous les jours j’embrasserai une feuille   

Ah, si j’étais un homme
Je libèrerais tous les enfermés
J’enfermerais toutes les autorités
Les briseurs de rêves
Exsangues sans sève

Ah, si j’étais un homme
Je me construirais une cabane au cœur de la forêt
Je deviendrais l’ami des oiseaux, des insectes et des fleurs


Mais je ne suis qu’un arbre
Et l’homme dans son orgueil
Ne voit en moi que les planches de son cercueil


Loués soient les arbres !
Loué sois-tu cerisier généreux
Loué sois-tu noisetier touffu
Loué sois-tu saule dansant dans le vent
Loué sois-tu hêtre sculpté sur la falaise
Mélèze doré
Louées soient les amours de la clématite et du peuplier

Allez-y les hommes arrachez-les
Allez-y déracinez-les
Déboisez-nous
Exilez-nous
Nous reviendrons
Nous repousserons

Car nous sommes de la bonne graine
Du bois dont on fait les flûtes et les violons
Pour chanter l’amour qui coule dans notre sève

Approchez les hommes
Collez vos feuilles à nos troncs
Écoutez vibrer votre sang et notre sève à l’unisson


(Merci à Diane Tell pour le titre ! et à Monique Domergue qui m’a fait découvrir le poète grec Elýtis... et courage à tous les déracinés !)

jeudi 25 juin 2015

Si un jour

si un jour
la vie m'arrache à moi
je reviendrai pour toi
souffler mes mots doux aux feux épicés de nos forges
malaxer nos âmes aux vibrations sourdes de nos gorges
sculpter mes paroles dans ta chair
ma belle étrangère

si un jour
la vie m'enlise en moi
je reviendrai bondir en avant
attaché à mes souvenirs décoller goéland
ancré dans mes racines sous-marines
nos corps se lieront encore
hauts piliers incorruptibles et fiers même morts

si un jour
la vie m'égard de moi
je reviendrai rêver de toi
écouter ton joli cœur palpiter dans le mien
imaginer des mondes insensés et aériens
tes rires chatouiller ma raison
respirer nos passions

si un jour
l’amour te quitte de moi
tu t’envoleras
je ne te retiendrai pas
tu peux compter sur moi
tant que mes ailes se déploieront je décollerai
j’atterrirai là où mon plaisir sera partagé

Si un día
el amor te deja de mí
te irás volando
no te retendré
puedes contar conmigo
mientras mis alas se desplieguen despegaré 
aterrizaré allí donde mi placer será compartido


Texte mis en voix avec la complicité de mon amie Elisabeth Dehlinger
sur une mélodie empruntée à Gainsbourg ("Verlaine")
lors de la soirée Slam-poésie du 25 juin 2015 au « Cause Toujours » de Valence,