Les cris du jour ou l'écrit du jour ? C'est peut-être le texte de la semaine (et pourquoi pas de l'année ?!!!!)
directement sorti de mon inspiration poétique, où chacun est libre de traverser la frontière entre fiction et réalité...
Bonnes lectures !

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lundi 4 mars 2024

Les bras m’en tombent

Ça cogite dur dans la tête de la Vénus de Milo. Tout le monde ou presque se demande où sont passés ses bras et ce qu’ils font. Elle aussi aimerait bien le savoir. Elle en a marre de rester là sans bouger. « Avec tous ces passants qui me reluquent, l’œil en point d’interrogation, c’est vraiment malaisant, pense-t-elle. Et certains se le rincent, l’œil, en vérifiant si mes seins sont symétriques. D’autres les touchent carrément quand les gardiens ont le dos tourné ! Si seulement j’avais des bras, je leur collerais une bonne paire de claque. Ils ne resteraient pas de marbre ! Mais qu’est-ce qu’ils font ces fichus bras ? Ça fait tellement longtemps que je les attends que je ne me souviens même plus si j’en ai déjà eu. »

Elle décide donc d’embaucher un professionnel pour les retrouver. L’inspecteur Tommy Hanna mène l’enquête et rassemble les témoignages et indices qui pourraient le mettre sur une piste. Il étudie d’abord la déesse sous toutes ses coutures et constate que ce qui lui reste est plus court d’un côté que de l’autre. Il y a donc un déséquilibre entre les deux fugitifs.
« L’un a sûrement l’ascendant sur l’autre, c’est élémentaire », déclare-t-il. Par ailleurs, notre limier a observé des restes d’empreintes digitales suivies de traces de reptation qui prouvent que les fuyards utilisent leurs doigts pour avancer, suivis des bras ballants. L’inspecteur sait donc dans quelle direction ils sont partis, mais il ignore jusqu’où. « Assurément ils préparent un mauvais coup, estime-t-il. Depuis le temps qu’ils sont partis, ils espèrent s’être fait oublier ». Mais c’est sans compter la ténacité de l’inspecteur ! Il ne renonce jamais à une affaire et espère bien leur passer prochainement les menottes. Hélas, il doit bien reconnaître que pour le moment, ses pistes sont maigres. Mais se pose-t-il les bonnes questions ?

Que font les bras de Vénus ?
La question peut sembler saugrenusse,
Pourtant, ils doivent bien faire quelque chose, ces paires de radius, humérus et cubitus !
Pour le savoir, approchons de la belle immobile.
Sous ses airs impassibles, elle mime des gestes invisibles. Parfois elle s’étire, de temps à autre elle dabe, d’autres fois elle dirige un orchestre. D’ailleurs, si vous la posez dans une fosse, elle peut interpréter la tétralogie de Wagner sans attraper de crampe, ce qui n’est pas le cas de la plupart de ses confrères et consœurs. Il lui arrive aussi de crawler, de danser la Macarena et de faire atterrir des avions de ligne. Mais ce qu’elle préfère, c’est faire sauter des crêpes, tricoter de longues écharpes et faire semblant de conduire. Bien sûr, elle n’a pas le permis, mais on peut lui laisser le droit de se bercer d'illusions, non ?

Ce que l’inspecteur ignore aussi, c’est que les bras de la Vénus de Milo sont partis de leur propre chef. Parce qu’elle leur faisait faire n’importe quoi ! Et que j’te gratte dans le dos dans des angles impossibles à tenir, et que j’te rattache les sandales sans se baisser, du bout des doigts, pour jouer la gracieuse, et que j’te fasse des grands coucous aux autres statues du musée… Bref, ils en ont eu marre et ils l’ont plantée là. L’un est parti lancer le javelot aux jeux paralympiques avec un athlète manchot, l’autre pétrit de belles fournées chez le boulanger du quartier. Si la Vénus était matinale, elle le saurait, mais elle ne va jamais chercher les croissants, car en bonne déesse qui se respecte, elle émerge au moment de la sieste. À cette heure-là, ses bras se reposent, l’un d’avoir beaucoup pétri, l’autre d’avoir beaucoup lancé !

Pendant ce temps, l’inspecteur cherche toujours, tandis que dans la salle des arts religieux indiens, une déesse recompte ses bras : « 2, 4, 6, 8, 10, 12 ! C’est bien ce qui me semblait, j’en ai deux en trop ! » Le bras droit interpelle le bras gauche : « Pssst ! J’t’avais bien dit de tourner à gauche après la Joconde ! » « La quoi ? » « Mona Lisa, le sourire en coin là, t’en fais exprès ou quoi ? » La déesse ne supportant plus ces bravardages, elle s’ébroue et les deux intrus partent en rampant. « Oh les braslourds ! Bon débrarras ! » souffle-t-elle. Tandis que les bras de la Vénus s’éloignent en rampant. À force de chercher, ils retrouvent leur propriétaire. « Ah ! Vous voilà vous deux ! Vous avez longtemps brillé par votre absence ! Remettez-vous en place ! » Enfin, la main gauche couvre un sein et la droite l’autre. Et la Vénus sourit d’avoir retrouvé un peu d’intimité. Maintenant, elle peut s'afficher sur les réseaux, sans craindre la censure !

©Mr.stARTue

mardi 19 décembre 2023

Face au miroir

Penché sur cette image à l’envers, je m’observe tête en bas, pas tout à fait net avec les mouvements de l’eau. Je me penche plus près pour y voir plus clair… et PLOUF ! Je tombe dans l’eau. En-dessous, tout défile à contresens. Je remonte le temps, je revois mon passé, mes joies, mes peines, mes erreurs et je comprends. Jusqu’à présent je n’ai été que le reflet de moi-même, le négatif de mon portrait. Il est temps que l’orignal reprenne la place de la copie. Je remonte à la surface, je m’ébroue et je souris à la vie.


Peter Doig – Reflection

(what does your soul look like) 1996

mercredi 10 mai 2023

Nouveau monde

 

L’autre jour, j’ai reçu un appel :

- allo ! Monsieur Houssier ?

- oui... bonjour...

- je vous appelle pour vous annoncer une bonne nouvelle : votre nouveau monde est arrivé !

- pardon ?

- oui, à la suite de votre commande, nous allons vous livrer dans la journée. Pouvez-vous me confirmer votre adresse s’il vous plaît ?

- bien sûr, mais je n’ai rien commandé.

- désolé Monsieur, mais notre serveur est formel et le livreur est en route. Peut-être avez-vous oublié, mais il y a quelques jours, vous vous êtes plaint que, je cite "vraiment tout va de travers ! S’il n’y tenait qu’à moi, les choses iraient bien mieux que ça ! Je commanderais un nouveau monde, ce serait vite réglé" ; fin de citation. Or, comme vous n’aviez pas décoché la case "Mes désirs sont des ordres", en acceptant les conditions générales de vente de votre nouveau téléphone, l’algorithme à validé la commande... voilà voilà.

- mais, mais, mais, j’ai dit ça en l’air, je ne veux rien changer du tout ! Je dois pouvoir annuler cette commande, non ?

- hélas Monsieur, le délai de rétractation étant passé, l’ancien monde va disparaître dès que vous aurez reçu le nouveau et nous espérons qu’il correspondra à vos désirs.

- mais comment pouvez-vous connaître mes attentes ?

- Hé bien, en compilant vos recherches sur internet, vos emprunts à la bibliothèque, vos achats en carte bleu de ces 25 dernières années, vos loisirs, les destinations que vous avez parcourues, et les opinions que vous avez émises en public et sur les réseaux, en sachant que vous êtes un homme blanc presque quinquagénaire, né au siècle dernier, nous avons préparé un monde à votre image. Je vous serai d’ailleurs reconnaissant de prendre un instant lorsque vous aurez reçu votre commande, afin de répondre à notre questionnaire de satisfaction.

- bon, je vous prie de m’excuser, mais cette plaisanterie a assez duré, je vais raccrocher, et je ne vous salue pas. Biiip !


Pffff... J’espère que c’est une blague parce que sinon on va passer notre temps à raconter n’importe quoi, à se balader au bord de la mer, à manger des huîtres et du chocolat, à vivre passionnément, à s’aimer tout simplement, et je ne suis pas sûr que ce soit du goût de tout le monde... bref, je vous laisse, ça fait trop longtemps que je ne suis pas allé danser !

 


 

Nouveau monde en vidéo : https://youtu.be/7ZCgZX33D_g

jeudi 25 août 2022

Conversation dans une file d’attente

- T’as d’l’eau ?

- Nan...

- T’as chaud ?

- Ouais !

- Tu flippes ?

- Bof. J’dirais plutôt qu’j’m’ennuie un peu puisque tout baigne et que tout s’effondre en même temps...

- C’est sûr qu’on n’a pas le cul sorti des ronces comme dit ma collègue.

- Ouais ça pique vraiment !

- Pourtant la vie est belle… Tu manques de quoi toi ?

- Bah toujours en train de mendier l’amour, même quand j’en ai :

Avant j’m’impatiente

Pendant je kiffe

Après je pleure

- Carrément ? Tu dramatises pas un peu ?

- J’avoue j’ai tendance à en rajouter. Mais faut r’connaître qu’j’ai pas toujours envie de socialiser.

Là par exemple j’me passerais volontiers d’te causer. N’y vois rien de personnel mais la solitude me pèse parfois autant que je la cherche.

- Bon bin salut !

- Nan reste un peu et dis moi comment tu vas toi.

- Pareil. Mais en plus j’ai perdu mes clés !

- Rhô la poisse !

- Ouais je peux plus rentrer chez moi.

- Alors tu fais comment ?

- Bin je dors dehors.

- À la belle étoile ?

- Ouais, heureusement qu’il fait chaud et qu’il ne pleut pas finalement !

- C’est clair, t’es un sacré veinard, j’aimerais bien être à ta place.

- Bin, vas-y on échange si tu veux.

- Ah ok ça m’va. Tiens, v’la les clés d’chez moi.

- Merci vieux !

- Pas d’quoi !

- Tu passes quand tu veux prendre le café.

- Faudra juste que tu rachètes du sucre.

- Pas besoin je n’en prends que quand je suis seul.

Le sucre dans le café c’est comme l’autre dans la solitude,

Ça adoucit l’amertume.




Dehors, un festival inspirant !

http://lesvertebrees.fr/festival-dehors/

lundi 14 mars 2022

Je cours le 100m

Ça peut te paraître banal, mais contrairement à certains qui s’acharnent à être les premiers, je cours le 100m le plus lentement possible. Tu trouves ça dingue ? Moi pas. Mon grand-père le faisait déjà. Il se déplaçait au rythme de la Bossa Nova. Je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite, mais à la fin de sa vie, c’était flagrant. Tu te demandes comment je fais ? C’est simple. Dès que des concurrents s’élancent, je traîne les pieds. Au début, je ne réfléchissais pas. C’était naturel. Je faisais ça comme ça. Sans y penser. Puis, à force de recevoir des encouragements pour accélérer le pas, j’ai ralenti davantage. Tu penses que je suis un rebelle, un fainéant ? Non, un sportif comme les autres, juste un peu différent. Au bout de quelques années, mes collègues se sont mis à apprécier mes qualités. Tant que je n’étais pas devant eux, ils avaient des chances de gagner. De toute façon, je leur laisse toujours un peu d’avance. Tu me demandes quel est mon record ? 23h37min42s18’’ au JO d’Atlanta. Peu de gens s’en souviennent. Les membres du jury ont failli partir avant la fin de ma course. L’un d’eux était même sur le point de démissionner à une minute de mon arrivée. Et tu sais quelle est ma plus grande fierté ? J’ai réussi à transmettre mon talent à mon fils. L’année prochaine, il va tenter de battre mon record mondial. J’ai hâte d’assister à sa victoire !


Clin d'œil à Pierre Tilman et Florentine Rey ;-)

mardi 10 septembre 2019

Nofrustration

Vous vous souvenez de vos premières tétées vous ? L’autre jour à la radio, le célèbre psychosophe nutritionniste Michel Gradounov, expliquait que nos frustrations commencent au moment où nous tétons le sein de notre mère. Voici une synthèse des propos de ce spécialiste.

Pour ceux qui ne se souviennent pas, imaginez cette crampe au ventre qui vous tenaille. Vous ne savez pas encore ce qu’est un ventre, ni une tenaille, mais vous ressentez un vide immense qui vous creuse la vie. Vous braillez autant que vous pouvez, puisque vous ne savez pas encore demander poliment qu’on vous serve à manger – d’ailleurs, vous ne savez pas ce qu’est manger, ni demander poliment. Puis, après un temps qui vous semble interminable, bien que n’ayant pour le moment qu’une notion assez relative du temps, une odeur familière vous alerte, soudain un sein s’approche de votre bouche et vous le gobez goulument. S’ensuit une vague de bien-être indescriptible. La douceur pleine et entière qui vous submerge s’écoule dans votre bouche, caresse votre gorge et vient remplir votre petit estomac et le rassasier alors que vous ne l’espériez plus.

Pour ceux qui ne se souviennent pas, allez demander à votre maman si elle vous a allaité et combien de temps. Certes, c’est délicat pour certains, comme demander son âge à une femme ou discuter sexualité avec votre grand-père, mais essayez quand même de vous renseigner. C’est important. Nos frustrations prennent parfois source dans cette offrande qui nous est faite au cours de notre plus tendre enfance. Ainsi, selon la durée d’attente, la fréquence des tétées et la qualité du lait maternelle, le nourrisson pourrait développer des pathologies plus ou moins graves. Il semblerait par exemple que les dirigeants qui ont été mal allaités soient plus enclins à la mauvaise foi, à la lutte armée et à tenir des propos stupides sans vergogne. Que ces malotrus n’aillent pas pour autant rejeter la faute sur leur mère, ils finiront bien par payer pour leurs crimes !

Quoi qu’il en soit, pour ceux qui ne se souviennent pas, imaginez cette plénitude que vous ressentiez lorsque vous étiez allaité, ou qu’un biberon venait vous sortir de ce puits sans fond dans lequel vous chutiez. Essayez de vous souvenir de toutes ces fois où vous avez été satisfait, de toutes ces réussites qui vous ont comblé, de ces moments où vous avez reçu ce que vous attendiez, ces petites et grandes joies qui ont jalonné votre vie. Faites-en un manteau et portez-le fièrement ! Sortez avec, surtout si un vent glacial de désolation souffle dehors. Coiffez votre plus rayonnante casquette et allez sans peur affronter les éléments ! Il y a fort à parier que vous rencontrerez d’autres énergumènes portant le même vêtement et avec qui vous pourrez vivre des histoires passionnantes.

J’ai bien aimé les mots du psy à la radio qui disait pour conclure : « La tétée est à la frustration ce que l’aventure est au doute. Celui qui bouge, explore et se transforme au contact des autres, sait toujours à quel sein se vouer » ! Vous vous souvenez de vos premières aventures vous ?

lundi 8 juillet 2019

Juste après

- Désolé mais votre cœur a cessé de battre...
- Pardon ?
- Oui je sais, c’est difficile à admettre mais vous avez dû le sentir venir, non ?
- Bin c’est à dire que ces derniers temps je le sentais moins souple, moins palpitant, plus dur, comme s’il se pétrifiait.
- C’est tout à fait ça, c’est devenu un cœur de pierre. Vous auriez dû vous en soucier...
- Ha mais c’est le cas ! J’étais inquiet, je manquais de chaleur, je vivais dans un vide au milieu d’un creux. J’avais beau être entouré, ma famille et mes amis ne me suffisaient plus. J’avais l’impression de les consommer.
- Avez-vous tenté de remédier à cet état ?
- Quelle importance ? Il est trop tard de toute façon.
- Oui et non.
- Comment ça ?
- Tout ce que vous avez essayé a ralenti la pétrification et tout ce que vous avez abandonné a accéléré le processus. Certes il est trop tard pour revenir en arrière, vous ne relancerez pas la machine, mais votre route ne s’arrête pas là, comme vous pouvez le constater, et vous allez devoir repasser quelques épreuves.
- Ho, non ! Fichez-moi la paix !
- Je voudrais bien, mais je dois moi-même passer par là, vous êtes une de mes épreuves et vous ne m’avez pas l’air facile.
- Vous en avez de bonnes vous ! Moi qui croyais que je serais tranquille. Je préfère en rester là. Salut !
- Non, attendez, ne faites pas ça ! Vous allez empirer votre cas. Laissez-moi vous expliquer : si vous ne jouez pas le jeu, vous vous condamnez. Vous allez errer sans fin et croyez-moi vous allez comprendre ce que signifie s’ennuyer et je ne vous parle pas de tout ce que vous allez endurer.
- Bon ça va abrège ! Quel est le programme ?
- Premièrement, vous devez lister toutes vos erreurs.
- Ho la la ! Ça va être long ; et je risque d’en oublier.
- Rien ne presse, nous avons tout notre temps ; et pour ce qui est des oublis, vous serrez étonné de constater qu’il n’y en aura aucun.
- Et ensuite ?
- Deuxièmement, vous devrez hiérarchiser votre liste.
- Pffff ! Quel ennui !
- Oui mais vous n’avez pas le choix, il faudra bien vous y résoudre pour organiser vos actes réparatoires.
- Mes quoi ?
- Vos actes réparatoires. Il s’agit de ce que vous allez mettre en œuvre pour réparer vos erreurs.
- Bin voyons !
- Écoutez ! Je n’y suis pour rien, alors essayez d’y mettre un peu du vôtre, sinon on ne va pas s’en sortir.
- Ok, continuez !
- Notez que vous pouvez aussi choisir de commencer par la première idée qui vous vient en tête mais l’expérience prouve que la méthode que je vous expose est plus efficace. Bref, lorsque vous aurez hiérarchisée votre liste, je vous indiquerai comment procéder. Allez, bon travail, je vous laisse, j’ai d’autres chats à fouetter.
- Non, ne partez pas ! Comment je fais pour noter tout ça ? Et comment je fais pour vous prévenir que j’ai fini ?
- Votre cœur est sec mais vous avez toute votre tête, utilisez-là ! À bientôt.
- Non, revenez ! S’il vous plait !

Ha bin me voilà bien ! Pis y a rien ici, même pas un petit café pour commencer. J’aurais préféré lister ce que j’ai réussi, c’aurait été plus rapide.

Quelle déprime ! Lister mes échecs, j’en ai pour un bout de temps. Mais bon, puisque je suis visiblement coincé, autant s’y mettre. Alors par où commencer ? Le plus gros ? Le pire ? Punaise fait suer ! Je sens que je vais tourner autour du pot un bon moment avant de démarrer, comme si j’avais toute ma vie devant moi ! Si seulement je pouvais en finir avec cette logique comptable. J’espérais qu’au moins ici... Et si je pouvais recommencer je ferais en sorte de mettre fin à l’égoïsme qui a causé la pétrification de mon cœur.
- Ha bin vous êtes un rapide vous !
- Déjà de retour ?
- Oui ; puisque vous avez énoncé une bonne idée d’entrée de jeu. Vous avez gagné le gros lot ! Vous allez être réincarné en millionnaire. Accrochez-vous ! Ça va secouer, vous démarrez au moment où votre mère vous met au monde.
- Mais non, j’ai pas envie d’y retourner tout de suite !
- Shuuut ! Allez en paix, vous ne vous souviendrez de rien. Bon voyage, et tachez de faire mieux !

samedi 6 juillet 2019

Contemplation

La première fois que j’ai vu une âme errante, elle sortait de terre comme une brume en flamme, une sorte de lame solide tranchant l’espace. Montant lentement dans son éclosion inexorable, elle semblait figée dans son mouvement. Un chuintement léger émanait de sa forme massive. Si je l’avais vue aujourd’hui, après toutes ces années d’observation, j’aurais pris mes jambes à mon cou, de peur qu’elle ne me les coupe. Mais j’étais fasciné et sans doute avait-elle senti que je n’étais animé d’aucune mauvaise intention ; tous ceux qui ont essayé de leur nuire ont été lacérés. Et je contemplais ce phénomène avec l’innocence et la curiosité de l’explorateur que j’étais. Aujourd’hui, je sais que cette première âme errante massive rencontrée était une sculptrice de Montmirail. C’est en effet ainsi que l’on nomme ces entités qui dessinent de si belles formes dans les champs. Elles aiment que l’on regarde leurs œuvres et c’est surement pour cette raison que je ne fus pas tranché.

À partir de ce jour, je me consacrais à étudier ces étranges objets. Les plus grandes sculptrices de Montmirail avaient dessiné les pétroglyphes de Nazca au Pérou. Certaines se déplaçaient en vastes groupes et laissaient leur trace dans le sable des grands déserts, tandis que d’autres, plus légères n’oubliaient qu’une signature sonore, une chanson de vent ou un chant d’orage. Après avoir constaté les effets visibles de ces phénomènes, je me mis en quête d’étudier leur fonctionnement, leurs modes de vie, leurs habitudes les plus intimes. Je voulais tout connaitre des mœurs secrètes de ce qu’il est bien nécessaire de qualifier de nouveau règne. Quoique nouveau n’est sans doute pas approprié, tant certaines de ces âmes errantes semblaient anciennes. Leur étude ne me permit pas de connaitre leurs âges mais je parvins à saisir de quoi elles se nourrissaient. La plupart tenait leur énergie de leur propre mouvement.

Cette découverte fut décisive pour organiser leur classification. Ainsi fut choisie la définition de trois groupes : les ligneuses qui se déplacent dans une seule direction, les tortueuses dont le mouvement peut prendre des formes variées et les dimensionnelles qui vont jusqu’à voyager dans d’autres mondes. Prenons par exemple la première observation qui me fit les rencontrer. Il s’agissait d’une ligneuse. Elle émergeait lentement du sol après avoir traversé toutes les couches de la terre. Il y a fort à parier qu’elle avait sculpté la même forme en entrant dans le sol aux antipodes. Puis elle avait pénétré la terre, la roche et traversé ainsi les couches successives sur des milliers de kilomètres et, vue son allure, cela avait dû prendre un temps considérable. Chaque couche lui avait offert un peu de son énergie : des minéraux par-ci, de l’eau par-là et bien sûr du magma en fusion dont elle tirait ses qualités tranchantes.

J’avais eu l’occasion d’observer de près cette capacité à tailler la matière, un jour où je m’étais approché assez d’une petite éclosion. Il s’agissait d’une ligneuse de roche, de celles qui taillent les cheminées de fées. Dans son déplacement, elle avait coupé net une feuille d’aloès qui poussait sur sa route. La plante avait émis un son cristallin et la partie coupée était tombée sans résistance sur le sol, laissant apparaitre sur sa tranche son intérieur auréolé d’une lueur dorée. J’aurais aimé toucher mais je reculais à bonne distance pour ne pas sacrifier mes doigts. La partie coupée de la plante se posa sur la tranche et, lorsque je revins le lendemain, elle avait visiblement pris racine. Rassurant.

Les tortueuses ne semblaient pas si délicates et pouvaient provoquer des dégâts considérables. S’inspirant des formes de vents les plus violents, elles pouvaient raser une forêt en un rien de temps. L’une de leurs cicatrices les plus connues étaient la région des Tsings à Madagascar. Le troupeau à l’origine de ces profonds sillons de pierres devaient compter de nombreuses tortueuses. De petites modèles sévissaient plus modestement sur les côtes escarpées de tous les continents, comme à Ouessant. Les tortueuses aimaient déchirer les rivages et leur donner des formes acérées. Les plus petites soufflaient discrètement mais ne se contentaient pas de griffer des rochers ou de tailler des écorces. Elles vrillaient des troncs entiers, lentement mais surement et les pins témoignaient de leurs séjours espiègles. Il arrivait aussi que des tortueuses balafrent quelques animaux, voire des hommes, ou leur infligent des lésions plus internes. Les tortueuses s’insinuaient alors sous la peau, dessinant des eczémas et autres œdèmes scarifiés. Plus insidieuses encore, certaines pénétraient le système nerveux et imprimaient des humeurs changeantes sur les neurones de ceux qu’elles parasitaient. Hélas peu étudiés, ces phénomènes ne connaissaient pas de remèdes et laissaient les personnes atteintes et leur entourage désemparés.

Je soupçonnais les attitudes et les différentes manifestations provoquées par les âmes errantes, d’être autant de messages que nous ne savions pas déchiffrer. Mon intuition me poussait à m’attarder davantage sur les dimensionnelles. Je pressentais que leur compréhension permettrait de percer les mystères de toutes les familles d’âmes errantes. À force de les côtoyer j’avais acquis l’intime conviction qu’elles jouaient un rôle important dans la naissance de nos émotions et de l’expression de nos sentiments. Il me semblait d’ailleurs que l’humanité connaissait le développement de nouvelles formes de sensations. Ou plutôt que certains individus conservaient des archétypes émotionnels archaïques proches de nos origines animales, tandis que d’autres découvraient chaque jour plus de sensibilité. Ces changements paraissaient ouvrir les individus en question à d’autres perceptions et les âmes errantes dimensionnelles ne me semblaient pas étrangères à ce phénomène.

Au cours d’une expérience, pour laquelle j’avais réussi à isoler un spécimen dans mon laboratoire, je fus happé par le porteur et me retrouvais dans son corps ! Je sentais que j’avais quitté mon enveloppe habituelle et je reconnus en face de moi celui que j’étais avant ce transfert. Me fiant à une voix intérieure, je prenais congé du chercheur que je fus et me dirigeais vers le mur du fond de la pièce, le seul sans fenêtre. Je traversais la paroi comme si ce fut naturel et me retrouvais dans une pièce assez semblable à celle que j’avais quittée, bien que le matériel ne soit pas tout à fait le même. Je poursuivis mes pas d’un élan semblable à celui qui m’avait permis de jouer les passe-muraille et je me retrouvais à l’extérieur où je découvrais un paysage assez proche du nôtre mais plus luxuriant. La nature semblait ici davantage à son aise et l’air était plus sain. Alors que je commençais à m’interroger sur le sens de ces observations, je reconnus le déplacement d’air d’une petite tortueuse. Des poussières scintillantes s’agrégèrent sur son passage. Son vol pris la forme d’une belle calligraphie dans le ciel et je pus lire distinctement :

« Bienvenue dans votre 2e monde ! Prenez-en soin cette fois ! »

vendredi 5 juillet 2019

Le boucher

Le jour se lèvera bientôt et le boucher ne dort pas. Il a beau bailler à s’en décrocher le hachoir, ses yeux ne se ferment plus. Derrière ses paupières, des fantômes dansent. L’insomnie claque des doigts pour marquer la cadence. Il n’a pourtant jamais tué personne. Il a plus l’habitude de nourrir les gens que de les faire mourir. C’est un gourmand, il aime la vie. Pas comme ces bourreaux qui ont les mains pleines de sang. Quoique. Il a bien émincé quelques cœurs. D’abord généreux ami ou amant, il lui est arrivé de larguer des amarres, ou d’être quitté par des frères et des sœurs qu’il croyait aimer pour toujours. Alors le boucher ne dort pas. Son petit cœur saigne d’avoir perdu ou trahi, et ses fantômes dansent dans la nuit. Il aimerait renouer avec ces âmes perdues, les resservir et les aimer, leur redire « Y en a un peu plus, j’vous l’mets quand même ? » Mais personne ne franchit plus le seuil de sa boutique depuis longtemps. La vie éloigne parfois ceux qui s’aiment et le boucher ne dort pas, car ce n’est pas avec de la ficelle à rôti qu’on peut retisser des liens et se pardonner. Alors les fantômes dansent dans la nuit et entrainent le boucher dans leur farandole. Ils le poussent, le balancent et l’enivrent de leurs cris, comme des animaux qu’on égorge. Ils lui font perdre la tète, et le boucher perd pied. Certains fantômes lui chatouillent les côtes à en pleurer. Il voudrait les embrasser, les calmer, les attendrir, mais ils le repoussent. Il trébuche et tombe. La folle danse s’achèvera dans un bain de sang, sans musique macabre ni rythme cadencé. Les fantômes s’insinuent silencieusement dans l’homme blessé, ricanent de le voir incapable de se relever. Leurs sarcasmes crépitent dans sa carcasse. Ils le saisissent et il a beau se débattre, ils le pendent par les pieds à ses crochets, le dépècent et le vident, déroulent ses entrailles, sans se soucier du boucher qui braille. Cette petite danse les a affamés. Ils mangent les abats, découpent les morceaux de choix, s’en payent une bonne tranche et récoltent l’âme damnée du boucher. Elle gît, pale, exsangue et pauvre, dans un petit plat, sans bien comprendre ce qui lui est arrivé. Alors son fantôme préféré ferme les yeux du boucher. Il va pouvoir enfin se reposer, maintenant que le jour est levé.

mercredi 3 juillet 2019

Jusqu’à la lie

Elle est partie sans bruit
juste un scintillement
la dernière goutte s’est évaporée
devant mes yeux secs
la rivière a émis une sorte de hoquet creux
j’aurais aimé pleurer
mais je n’avais plus de larmes depuis longtemps
la dernière était tombée
quand j’avais vu le dernier souffle s’échapper de ce martinet
qui haletait sur le goudron fondu
la végétation s’était effritée depuis longtemps déjà
balayée par les rafales du midi
personne n’avait été étonné de ce spectacle désolant
nous étions peu à y assister de toute façon
les premiers à disparaitre furent les plus inconscients
ceux qui avaient fait la sourde oreille
ceux qui avaient fait semblant
ceux qui s’étaient moqués des scientifiques aux tons alarmants
ils n’avaient pas voulu voir
ils n’avaient pas voulu agir
ils avaient laisser mourir leurs femmes et leurs enfants
il n’était bientôt plus resté aucun innocent
les survivants étaient sans doute juste un peu plus résistants
et nous assistions impuissants à la désertification des océans
de nombreuses voix s’élevaient encore
lorsque les réfugiés climatiques s’étouffaient dans les eaux plastifiées
mais le flot migratoire s’était progressivement tari faute de migrants
et les derniers passaient à pieds secs sans que personne ne les refoule
les frontières n’intéressaient en effet plus que quelques maniaques
qui avaient accumulé assez de nourriture
pour pouvoir se préoccuper d’autre chose que de manger
la suffocation des derniers chats m’avait émue plus que je ne l’aurais imaginé
j’avais fini par m’attacher

Bref, la dernière goutte venait de s’évaporer et j’étais le seul à le constater
longtemps j’avais cherché mes semblables
à partir du moment où les informations avaient cessé
j’avais rayonné
au fil des jours
espérant croiser d’autres épargnés
épargnés était le terme qui me semblait le plus approprié
car je ne trouvais pas d’autre explication à ma survie
que celle d’avoir été protégé
je trouvais toujours de quoi me nourrir et m’abriter
même dans les tempêtes les plus dévastatrices
longtemps j’avais cru que je mettrais fin à ma vie
si je me retrouvais définitivement seul
mais quelque chose m’avait retenu
ce n’était pas l’instinct de survie
c’était l’envie de témoigner
je devais raconter
il fallait que quelqu’un soit là
lorsque s’écrirait le mot fin
j’avais donc profité de mes explorations pour récolter tout ce qui pourrait prouver
ce qui avait été
au cas où d’autres que moi existaient encore
et s’ils savaient comment s’y prendre pour tout recommencer
mes trouvailles pourraient servir
j’avais donc ensablé des livres des plans des encyclopédies des schémas de montages des squelettes d’animaux de toutes sortes des herbiers géants des récipients pleins d’instruments des enregistrements de musiques de styles et d’origines variées des poèmes et des testaments
je ne m’étais pas ennuyé
mais ces dernières années
ce qui me manquait le plus était de partager
au début je commentais mes trouvailles à haute voix
mais j’avais fini par me laisser apprivoiser par le silence
je consignais chaque jour l’essentiel dans des carnets que j’ensablais

avec le reste

Et je savourais cette dernière goutte
observant chaque instant pour en noter toutes les sonorités
quand soudain
mon regard fut attiré par quelque chose sur l’autre rive
je ne distinguais d’abord qu’une forme vaporeuse hésitant sur l’horizon
puis plissant les yeux je constatais qu’une silhouette avançait avec assurance
lorsqu’elle fut assez proche
je vis avec joie que c’était une femme
et elle me souriait

mardi 2 juillet 2019

Jusqu’où

D’abord il y eut un froissement de coquille
qui rappelait vaguement le son d’un os écrasé
je n’étais pas sûr d’aller jusqu’au bout
encore fallait-il commencer
l’idée avait craqué telle une allumette
mais n’avait pas mis le feu aux poudres
ni éclairé vraiment ma chandelle
j’avais toujours cette épine dans la plante
me demandant jusqu’où j’allais bien pouvoir sauter à cloche pied

Jusqu’où était une bonne question

Sachant d’où je venais
je pouvais tenter d’extrapoler
le début me revenait en serpentant
les pupilles spiralées
je retrouvais cette posture en retrait
plus qu’un retrait c’était une in-posture
une pose d’emprunt
j’aurais pu m’endetter dans cette identité creuse
reproduisant ce que bon me semblait
mais j’écoutais pour la première fois mon petit doigt
je veux dire
je l’écoutais vraiment
je devais continuer
ne jamais m’arrêter
et j’ouvris ma voie
j’entendais encore le cri de la biscotte écrasée
mais ce n’était plus qu’un écho lointain

Jusqu’où était une bonne question

D’autres accords jalonnaient ma route à présent
des balises plus solides
comme si le bitume plaquait des harmoniques sur ma voie sinueuse
j’enfilais alors des costumes sensibles
jouant des notes complexes
m’offrant des frissons accueillis par d’autres voyageurs de mon espèce
comme autant de signes de reconnaissance de leurs talents
j’avançais pourtant encore à tâtons
le doute en garde fou
mais bientôt grisé par les appels des ténors
mon corps prenait ses aises
ma voix posait ses airs
mes plumes portaient mes ailes
l’oiseau décollait fièrement
bien que manquant encore d’assurance
son bec laissait s’échapper des gammes
tentant d’offrir aux ouïes attentives ses plus beaux chants
il avait crié fut un temps
pensant un jour maitriser cette arme redoutable
et il découvrait bien plus puissant
dans la force du verbe
qui relayait la fibre au rang d’amibe
les membres pourraient s’abimer pourrir ou flamber
la parole était à la fois au-dessus et en-dessous
dehors et dedans
dans toutes les directions

Jusqu’où était une bonne question

Et la réponse semblait infinie
extrapolant sans faire exprès de s’emmêler
l’oiseau prit ses pinceaux à son cou
pour rejoindre le flot
le corps plongerait bientôt dans les mots céans
leur offrant un rythme au cœur battant
ce serait d’abord un flux naissant
aussi fluide que des pierres s’entrechoquant
mais à force de se percuter
sons et sangs se mêlent
bientôt
un nouveau souffle anime les corps mots
rangs de galets rimant avec des pavés de textes cousus de fils blanc
offrant au voilier un manteau de ciel généreux
l’oiseau plane alors jusqu’où il veut

jeudi 27 décembre 2018

Merci


Incroyable !
J’ai capté une émission du futur ;-)
Voici le discours du prochain président… c’est un collectif !

Chers compatriotes.
Nous aimerions dire merci.
Merci à ceux qui ont gardé le pouvoir depuis longtemps
à ceux qui avaient cette obsession en tête
à ceux qui n’ont rien fait pendant des années pour l’intérêt général
à ceux qui n'ont servi que leurs intérêts et ceux de leurs clans
à ceux qui se sont crus tellement intelligents
à ceux qui ne se souciaient pas de la misère d’autrui
à ceux qui pensaient qu’on peut vivre avec quelques centaines d’euros par mois
à ceux qui étaient persuadés que les chômeurs sont des feignasses
à ceux qui estimaient que l’argent a plus de valeur que l’humain
à ceux qui détournaient le regard quand leurs semblables mouraient dans la rue
à ceux qui préféraient entendre le fracas des armes que des rires et des chants
à ceux qui n’ont eu aucun scrupule à envoyer des bombes sur des innocents
à ceux qui ont laissé se noyer tant d’hommes, de femmes et d’enfants
à ceux qui crachaient sur le service public, les écoles et les hôpitaux
à ceux qui préféraient cultiver la peur et la haine plutôt que l'amour
à ceux qui n’ont aucun respect pour la paix, la nature et la vie en général
merci
merci d’avoir fait le contraire de ce qu’on attendait de vous
merci d’avoir manqué à ce point de bon sens
merci d’avoir verrouillé l’accès à vos hautes sphères
merci d’avoir détourné les médias à votre avantage
merci d’avoir été sourds à des messages pourtant clairs
grâce à vous l’heure du réveil a sonné
grâce à vous la prise de conscience a gagné du terrain
il y a quelques années
les écolos par-ci
les socialos par-là
étaient isolés
chacun défendait son prè carré
les professeurs d’un côté
les infirmières de l’autre
les retraités après les cheminots
les chercheurs alternaient avec les routiers
les agriculteurs n’avaient pas plus de poids que les étudiants
pourtant tous unis ils auraient pu peser
aujourd’hui tous portent le même gilet
grâce à vous la mode a changé
avant, vous sonniez la fin de la partie
et tout le monde rentrait au lit
à présent ça suffit
le mépris et la violence dont vous avez fait preuve
les morts, les blessés et les incarcérés n’ont fait qu’aggraver votre cas
vous n’avait fait qu’alimenter l’envie de changer
ceux qui réclamaient votre départ sont prêts
prêts à vous remplacer
prêts à s’unir pour faire valoir leurs droits
ils ne vous attendaient plus
ils se sont organisés
ils se sont apprêtés à vivre sans vous
merci d’avoir participé à votre manière
maladroite certes
mais vous pouvez maintenant rentrer chez vous
avec tout ce que vous avez accumulé vous ne manquerez de rien
et vous ne manquerez en rien à personne
merci d’avoir initié cette ère de changement
merci d’avoir ravivé la flamme de l’espoir
la force de l’union va enfin triompher
les décisions seront désormais partagées
la vie va reprendre ses droits
sans vous
c’est comme ça

vendredi 1 décembre 2017

Milou

Il est là.
Dans la rue.
Mal assis au pied de cette voiture.
Le conducteur désemparé semble chercher à le relever mais le vieil homme reste assis.
Pourtant je vois son effort.
Tout son corps hurle son envie de se lever.
L’automobiliste m’explique que Milou – ils se connaissent – vient de tomber alors qu’ils discutaient.
Et Milou tremble.
Je lui demande maladroitement si ça va mais il ne répond pas. Il voudrait remettre sa casquette et récupérer sa canne qui glisse mais il ne parle pas.
Sa bouche est crispée dans une diagonale grimaçante.
Je continue de lui demander s’il a mal quelque part… puis nous décidons de le glisser d’un mètre et l’installer mieux.
Milou est au pied du mur.
Alors dans ses yeux je vois la peur et la détresse.
Et je vois sa vie défiler.
Ses orteils gelés dans ses galoches, les matins d’hiver, pour aller à l’école, à pied dans la neige.
La taloche du maître qui l’avait surpris à glisser un grillon dans le tronc de l’église !
Son premier verre de blanc offert par son grand-père pour célébrer son certificat d’études.
Et Jeannette… Ah, Jeannette !
Leur première danse.
Leur premier baiser.
Leur premier enfant.
Mais tout s’embrouille.
Milou ne sait plus.
Un pompier lui parle.
Il aimerait lui répondre.
Malgré ses efforts.
Il ne comprend pas.
À présent il voit le plafond de l’ambulance.
Puis Milou s’endort.

mercredi 29 novembre 2017

Si vous saviez ce qu'il y a dans l'œil d'une mouette

Elle est là
Rieuse
Posée sur son piquet
Figée comme ses consœurs
Toutes dans la même direction
Bec droit
Fier
Aligné avec ce corps fuselé
L’air résonne de leurs ricanements
Soudain
La troupe s’envole
Dans un flappement d’ailes décidées
La nuée survole le chalutier
Cris de plumes blanches
Sur fond de nappe de fuel
Les unes plongent
Les autres surnagent dans les irisations
Elle, plus maline que les autres
Volette au dessus du pont arrière
Elle sait ce qu’elle veut
Elle papillonne sans relâche
Guettant le moment propice
Elle suit le navire
Comme un cerf-volant
Tiré par un enfant
Les hommes s’affairent
Les mouettes aussi
Ça piaille
Ça bataille
Et au milieu de cette pagaille
En un repli d’ailes
Elle atterrit sur une caisse
Y pose à peine les pattes
Plonge son bec dans les écailles
Et regagne le ciel avec son larcin
Un beau maquereau bleuté
Qu’elle ne se laissera pas chiper

jeudi 23 novembre 2017

La métamorphose de Solstice

Ma voisine (je ne vous dirai pas laquelle parce que je ne suis pas une balance mais c'est une habitante de Korom…) m'a expliqué que la transformation de Solstice est le dernier épisode des Pokémons. Natalia et Djèydjèyaime sont les entraineurs de notre Pokémon de combat. Solstice va se transformer en une superstructure pleine de superpouvoirs extraordinaires.

Avant, Solstice était bleue avec une tache rouge, genre pas triote mais presque. Après solstice sera davantage reggae, rouge jaune vert, et dans reggae il y a gai (merci les VRP). Donc c'est une heureuse nouvelle ! D'abord, Solstice va s'entrainer, parce que pour sa métamorphose, notre champion doit maitriser son ingérence. Avant d'ingérer, Solstice s'échauffe donc et son super pouvoir contribucoop augmente à vu d'œil. L'athlète inspire, régule son céa et acquiert des points de plus value comme si de rien n'était. La transformation s'opère l'hiver pour une éclosion au printemps. En attendant, un peu de gonflette. La bête prend du muscle sans risque, et laisse présager l'apparition prochaine et réjouissante d'un poulain de compète, qui promet de fumer tous les autres compétiteurs, selon un prévisionnel optimiste, d'après les pronostiqueurs les plus avertis. Notre poulain n'a que faire pour le moment de ces projections et enchaine les exercices périlleux pour améliorer sa souplesse de structure. Et hop ! Grand écart, position en colonne, en ligne, en travers... De quoi parer tous les coups à venir au tableau. Puis il enfile son cape, s'entraine à utiliser son césa et joue au changement de statue. De quoi terrifier tous ses adversaires. Ne manque plus que sa botte secrète. Avant de nous la dévoiler, tournons-nous vers Natalia, l'entraineur de notre chouchou : « Que pensez-vous de la forme de solstice ? » « Il est au top et tout le monde est d'accord pour le dire ! » Processus habituel dans toute mutation, notre athlète change de peau, il perd quelques parts, augmente son capital A et son capital B et ça lui fait une belle jambe, parce que de toute façon, il est beau.

Multipliant les compétences, Solstice est une galerie de portraits. Les statues sont d'ailleurs exposées dans l'arène. La statue des règles arbore les attributs de l'arbitre : le sifflet et le carton jaune. La statue du pouvoir rappelle que chaque membre de Solstice a voix au chapitre. Le public commence à se rassembler dans les gradins et observe avec attention les titres des statues, jusqu'à l'évocation de son éventuelle dissolution. Solstice serait alors démembré mais, heureusement, nous n'en sommes pas là. Pour le moment notre héro a atteint l'AGE, la maturité de muter. Son protocéa lui a bien servi mais il va être temps de le laisser au vestiaire. Il va se doter d'autres armes pour s'incarner dans sa nouvelle forme. Il va avoir du mal à se passer de cet outil qui l'a si bien servi mais chacun sait que ce protocéa va nourrir le néocéa au sein de la éssa lorsque solstice aura achevé sa mue. Et chaque année, tel le phénix, il renaitra de ses cendres. Notre athlète n'en perdra pas la tète pour autant, et bien au contraire, il sera toujours commandé par ses membres et son cœur restera son agé. Avant l'épreuve et le grand saut dans l'arène, notre athlète apprivoise son néocéa. En effet, tout nouvel outil nécessite une phase d'apprentissage mais il semble déjà acquérir une certaine dextérité à son maniement. Rien d'étonnant à cela puisque notre héro procède à une métamorphose dans la continuité. Ses pouvoirs vont d'ailleurs continuer à s'équilibrer dans le temps, et le changement va se faire dans la fluidité. Gageons que notre champion va pouvoir compter sur sa souplesse pour consolider ses acquis.

Pendant ce temps les spectateurs jouent au loto. Certains s'impatientent, quelques uns ont faim, d'autres finissent leur nuit. Tout cela réveille l'agé de notre chouchou qui sent approcher l'heure fatidique du combat. Le suspens est à son comble, la tension est palpable, l'arène est en émoi, l'impatience de voir émerger des vestiaires notre champion est à son paroxysme ! Une seule hâte, vivement le match ! Pour le moment Djèydjèyaime et Natalia notent dans le carnet d'entrainement de notre athlète qu'il sera désormais doté de la parade 3542C avec l'option OA. Ils sont supers contents – et on les comprend – d'affecter ces nouveaux pouvoirs à 50/50 sur son travail et ses futurs résultats. Pendant ce temps, l'arène se prépare pour l'événement. Les entraineurs historiques défilent et rappellent les débuts de notre challenger. Solstice est né le 1er jour de l'été au milieu d'un cercle d'amis. C'était trop beau ! À peine sorti de sa Pokéball, notre champion est devenu membre de la ligue intergalactique des Pokémons : la fameuse Copea. Puis des antennes lui ont poussé mais son développement restait limité. Ensuite, notre chouchou a fait sa crise d'adolescence avant de s'installer dans un âge plus opulent. Il a alors acquis certaines armes dont Louty et un peu de sagesse. Il a ensuite pu s'appuyer sur un tuteur pour mieux pousser et le bébé a bien grossi. Il s'est doté d'un protocéa et a pris des dizaines de visages.

Pour l'heure, le doute envahit l'esprit de notre poulain encore au vestiaire. Combien de temps va-t-il conserver son néocéa ? 3, 6, 9 ans ou plus ? Il serait judicieux à l'approche du match que notre combattant ne soit pas préoccupé par ces soucis techniques. Heureusement, une lueur de génie le traverse et il décide de remettre à plus tard ce questionnement et se concentre à nouveau sur la préparation de son éclosion proche. Attention ! C'est parti... Le changement a commencé !


Hum, hum… pour ceux pour qui cette histoire semblerait obscure, rassurez-vous ! C’est normal, cette chronique sportive a été écrite lors de l’AG extraordinaire de Solstice du 23 novembre 2017, à Eurre. Cette réunion a notamment validé le changement de statut juridique de la coopérative, passé de
SARL à SA. Etonish, nein ?