Les cris du jour ou l'écrit du jour ? C'est peut-être le texte de la semaine (et pourquoi pas de l'année ?!!!!)
directement sorti de mon inspiration poétique, où chacun est libre de traverser la frontière entre fiction et réalité...
Bonnes lectures !

lundi 31 janvier 2022

Avant de finir

Tu as peur de finir ta vie

Tu as peur de partir sans dire au revoir

Tu pars sans fermer la porte

Tu pars sans fermer le gaz

Tu pars sans faire le ménage

Tu pars avec ta peur sous le bras

Tu pars plein de reproches à toi-même

Ta peur de déplaire

Ta peur de mal faire

Ta peur de l’abandon

Ta peur de l’échec

Tu pars sans avoir tout compris

Tu pars en croyant t’être trompé

Tu pars avec tes bobos

Tes angoisses et tes dorures

Tu as juste pris le temps

D’AIMER




Clin d’œil à Florentine Rey et Joël Bastard ;-)

dimanche 30 janvier 2022

Reflet

Des heures que je n’ai vu personne
Ce grand vide me glace et me laisse sans teint
Je me sens transparent
Sans famille ni enfants
Quelle ingratitude
J’en perds la notion du temps
Mes pensées s’effacent
Pourtant je réfléchis beaucoup
Je m’y applique et m’y emploie à toute heure
Toujours prêt
Alors, quand personne ne vient se refléter
Je m’amuse à restituer la mémoire de mes images préférées
Cette tignasse hirsute au pied levé
Ce regard pressé
En retard comme d’habitude
Cette grimace appuyée
Entre un coup de peigne et de brosse à dents
Ce bouton d’acné parfaitement expulsé
Ce corps emballé dans une serviette
Aperçu à travers la buée
Ce doigt qui dessine un smiley
Ce coup d’éponge qui efface la trace de toutes ces réflexions passées
Souvent, mes jeux sont interrompus par un passage inopiné
Ou un simple changement de lumière
La balade d’un fantôme égaré
Au fil des années
Je dois m’adapter
Parfois, la nuit notamment, je m’éteins
Mes rêves prennent vie derrière ma face inerte
Endormi, je sors du cadre et prends une forme nouvelle
Inspirée de toutes celles que j’ai emmagasinées
Et je me contemple en moi-même
Avant de partir à la rencontre d’êtres de chair et de sang
Qui ne savent pas que je ne suis que le reflet d’eux-mêmes
De même que les cicatrices que je renvoie me rappellent mes propres fêlures
Enfin, une apparition soudaine me ramène toujours à la réalité
Mon éthique m’impose de revenir à ma place
Renvoyer l’image fidèle qui m’est présentée
Seul reste en moi le souvenir de ces instants de liberté



Texte rédigé sous l’impulsion du mot miroir, proposé par mon ami Kriss, avec la complicité de nos compagnons d’écriture Isabelle, Sylvie et Jerem.

samedi 15 janvier 2022

Sous les paupières de mon cœur

Rien d’abord
Rien ne se passe
Un silence vide emplit l’espace
Puis le temps
Le temps s’égrène lentement
Des taches apparaissent
Camaïeux éteints
Nuancier d’heures sombres
Pourquoi suis-je enfermé ?
Personne ne m’a rien dit
Tout est si étroit ici
J’ai l’impression de vivre dans un esprit étriqué
L’absence et le mépris répondent à l’oubli
Dans cette cellule grise

Mais j’entends mon cœur
J’entends la vie
C’est ma porte de survie
La pièce est courte
La traversée sera longue
Qu’importe
Je suis là
Vivant

Lorsque je ferme les yeux
Des couleurs dansent sous mes paupières
Des textures rythment mes intérieurs
Aux pulsations de mon moteur
Des voix me rejoignent
Des âmes libres
M’entraînent dans une chorégraphie polyphonique
Nous farandolons chaque nuit
Chaque sieste
Chaque méditation

Mes geôliers pensent m’avoir enfermé
Mais quand j’ouvre les yeux
Qui fait les cent pas derrière les barreaux ?
Eux !



mercredi 10 novembre 2021

Spirale surréaliste

C’est un siphon sans fin
De flonflons aphones
Qui ouvre cette symphonie
Infinie
Le nouveau monde en quelque sort
L’eau tourbillonne en spirale
Fluide
Globalement liquide
Quoique quelques bulles s’évaporent
Attirées par un triangle de feu
Qui ne les laisse pas de glace

Son sang ne fait qu’un tour dans son sac
La bulle devient boule
Dans un souffle rythmé
La boule devient cube
En dodécaèdre attitude
Une prise de terre molle
Malléable, enracinante
Dont la fin sera sublimée
Assurément

 


lundi 8 novembre 2021

Je vous cache

Je vous cache à la lumière de mes mots, dans l’embrasure de mes regards, au coin de mes lèvres. Je vous susurre quand je voudrais vous crier. Je vous cache comme d’autres avant moi. Je ne parviens pas à vous taire quand je voudrais vous dire. Je vous cache à fleur de pot, dans mon pot de terre et mon pot de cœur. Je vous cache sous la plante de mes pieds, au long de mes sentiers, dans mes nuages et mes yeux écarquillés. Je vous cache dans ma gorge, à bout de bras, je vous embrasse pour garder votre empreinte. Je vous cache au creux de mon ventre, au rythme de mes reins, à la chaleur de mes tripes. Je vous cache pour mieux vous sentir. Je vous cache pour mieux vous goûter. Je vous cache au grand air, au bord de la mer et sur le dos des volcans.

Je vous cache comme une éruption,
un feu de joie jamais éteint par des torrents de larmes.

Je vous cache sous terre, sous les feuilles mortes, sous ses petits animaux qui mâchent le temps. Je vous cache de ma mémoire brumeuse, de mon salon mal rangé, de mon musée en désordre. Je vous cache sans y penser en me rappelant vos gravures, votre texture, votre sensation si proche. Je vous cache au loin, au sommet, sous le piédestal d’un tronc enraciné bien vivant. Je vous cache à la vie à la mort, à l’infiniment petit, à l’infiniment sacré. Je vous cache en complicité, en connivence, en désaccord composté. Je vous cache en rappel, je vous cache en bis, en ter, en mer, pour que vous flottiez au vent de mes marées. Je vous cache pour mieux vous retenir et vous reconnaître à chaque ressac.



Clin d'œil à Thomas Vinau et Florentine Rey ;-)

Je suis une lampe

Je suis une lampe. Mon père était un bec de gaz et ma mère une lampe pigeon. Pour plaisanter, dans la famille on disait d’eux : « ça roucoule ! » ou « ça gaze ! » Il faut dire qu’on ne manque pas d’humour et qu’on a parfois des idées lumineuses. Un jour, mon oncle - qui était une lampe à acétylène - a reçu la médaille du travail pour avoir sauvé des mineurs d’un coup de grisou. Il avait du flair. Il s’est éteint d’un coup et tout le monde a réussi à fiche le camp avant d’être écrasé par des tonnes de charbon. Moi je suis une petite lampe de bureau. J’éclaire des correspondances du bout de mon bras articulé. J’en vois des courriers défiler. Avec tout ce que j’ai lu, il y en aurait des histoires à raconter, voire des pièces à jouer. Tiens, ça me donne une idée. je vais aller dans une salle de muscu pour augmenter mes watts et je postulerai à un poste de projecteur de théâtre. Je me vois déjà dans les cintres, changeant de couleurs pour varier les ambiances. Et si je me débrouille bien, je pourrais finir poursuite ! Sans moi, les stars resteraient dans l’ombre. Mais je dois vous laisser, une lettre doit partir sur le champ pour que son auteur déclare sa flamme à celle qui éclaire son cœur. J’ai hâte de lire la réponse et faire toute la lumière sur cette affaire !