Les cris du jour ou l'écrit du jour ? C'est peut-être le texte de la semaine (et pourquoi pas de l'année ?!!!!)
directement sorti de mon inspiration poétique, où chacun est libre de traverser la frontière entre fiction et réalité...
Bonnes lectures !

jeudi 27 mars 2014

La vie de Larry

- bien sûr, rien n’a plus été comme avant depuis la naissance de Larry… vous imaginez la réaction de sa mère lorsqu’elle l’a mis au monde ?! Je n’ai jamais nagé aussi vite de ma vie ! Je pense que je dois mon salut uniquement à sa fatigue liée à l’accouchement. Il faut dire que ça demande pas mal d’énergie d’expulser deux tonnes après les avoir portées pendant 20 mois ! Bref, je me suis réfugié sur la banquise et de loin j’ai essayé de l’amadouer :
« Voyons ma puce, sois raisonnable, tu devais bien te douter qu’avec un père manchot et une mère orque notre petit serait bien différent !!! Rappelle-toi notre rencontre mon poussin, souviens-toi de ce que tu as ressenti la première fois que tu m’as vu, cet appétit que tu avais. Tu me répétais « tu es à croquer mon chou » ! Je sais que tu n’étais pas tout à fait prête pour être mère, ni moi non plus pour être père d’ailleurs, et je sais que tu m’en veux encore parce que ton père t’a chassée et ensuite notre fuite a été un vrai charivari, mais pense au petit, il a le droit de vivre aussi, non ? ».
Vous voulez voir une photo ?


- … en effet ! Désolé de vous interrompre mais dites-moi, qu’est devenu Larry ensuite ?
- il a d’abord été rejeté et nous avons vécu seuls avec lui, puis son parcours n’a été qu’un zig-zag sans détours mais il a enfin trouvé sa voie : il a su exploiter ses talents de comique et aujourd’hui il brûle les planches comme ambianceur. Pas une salle ne lui résiste d’un pôle à l’autre. Il ne lui faut jamais longtemps pour briser la glace ! Comme quoi, comme on dit chez les manchots : « les enfants handicapés sont des êtres exceptionnels comme les autres » !


Extrait de l'atelier « dis-moi dix mots » animé par Sylvie Durand, Médiathèque du Plan à Valence
Jeudi 27 mars 2014

mercredi 26 mars 2014

Enfance

Une rangée de verres alignés sur la toile cirée, séparés par les petites cuillères pour touiller. Et le café brun et fumant versé avec une certaine cérémonie. Puis chacun sirote, doucement.
Mes frères, mes cousines et moi on n’attend qu’une chose : le feu vert pour aller jouer !

Alors l’aventure commence, cinq paires de jambes galopent dans l’escalier de bois pour monter au grenier et redescendre presqu’aussitôt en glissant sur la rampe. Une gorgée d’adrénaline en guise de digestif pendant que les grands poussent le café avec une petite goutte tout droit sortie d’un flacon de terre surmonté d’une mystérieuse tête de bonne femme. Et notre course continue. On traverse à cheval l’arrière cuisine, on ne s’arrête même pas dans la forge où la terre battue se soulève sous nos galops et où les poules observent nos jeux avec l’air d’envier notre liberté. La maison de Mémé est notre forteresse du moyen-âge et sa fameuse charrette notre chariot attelé. Mes frères tirent à l’avant et mes cousines poussent derrière. Moi, assis dedans, je m’accroche aux bords grillagés et nous dévalons la rue de la Gare bordée de maisonnettes posées au fil du trottoir. Première ruelle à droite. Je ris à chaque virage et sursaute à chaque bosse du chemin étroit qui zigzague entre les jardins. Celui de Mémé est tout au fond. Ce que je préfère c’est peser de tout mon poids sur le bras de la pompe pour remplir l’arrosoir. Mes frères le portent ensuite pour arroser les fraisiers.


Mirabellier fleuri
Hâte de goûter
Tous tes fruits ensoleillés

Ma vie est belle à 6 ans. Mon grand-père me taquine, ma grand-mère me gâte de rillettes en tartines, ma mère me câline, mes frères me chahutent avec toute l’attention due au petit dernier de cinq et sept ans leur cadet, et mon père ouvre nos appétits de Nature et nous emmène à la découverte des chemins creux, des Alpes mancelles, des bourgs où des vieux racontent l’œil brillant de vieux souvenirs dans de vieilles maisons, assis dans de sombres cuisines.


Elles s’imposent
Si riantes racines
Sous les étoiles

Cow-boys, indiens, gendarmes, voleurs, affrontements de cabanes, castelets de gravats, de bric et de broc arraché aux chantiers des immeubles qui poussent près de notre pavillon. J’ai mon lit dans ma chambre. Mes frères partagent la leur où deux lits sont couronnés d’un grandiose paysage alpin. Ils ont leurs copains, j’ai les miens. Ils élèvent des tritons et moi des escargots. Parfois les portes claquent et nous usons les nerfs de nos parents. Comment font-ils pour supporter les chamailleries de notre infernal trio ?


Un jour seul
Les grands ont quitté le nid
Le temps s’efface

Des picotements plein l’estomac, mes tempes tapent, mon cœur va-t-il exploser ? Je viens de partager mon premier vrai baiser ! Nous avons profité de l’obscurité de la salle pendant la répétition. Un jour je rassemblerai au sein d’un recueil tous les premiers baisers, ceux des classes de mer, ceux des booms d’anniversaires, ceux des fonds de bus ou des cours de collège, à l’heure des petits pains à deux francs. Un jour je recueillerai tout cela. Retrouverai-je alors les chemins de mon enfance ?


lundi 17 février 2014

Les lunes de

Les lunes de Hambourg n’ont pas toujours le parfum de l’amour

Leurs pâles rayons ricochent sur l’acier et les chaînes des grues, s’effilochent dans les haubans tendus des mats aux ponts, scintillent sur les flots visqueux, glissent de flaques en flaques où se reflètent les courbes félines qui vont et viennent perchées sur de longues aiguilles au fil des quais

Leur halo couronne le port et renvoi l’écho des hululements de vieux matous perdus, les rires des ivrognes mais rarement le cri étouffé de ceux qu’on égorge au fond des rues

Les lunes de Hambourg n’ont pas toujours le parfum de l’amour et bien plus souvent celui du pétrole et du hareng

Et lorsque les pâles rayons faiblissent et qu’ils ne soulignent plus que mollement les arêtes des vieux bâtiments, chacun fait ses comptes, maquereaux et brigands avant de rendre le port au jour suivant


Atelier d’écriture animé par Jocelyne Martel et Marie-Thérèse Caron, MJC de Portes les Valence 
Lundi 17 février 2014