Jadis je fréquentais une belle échoppe de sentiments
de belles émotions étaient exposées sur des présentoirs des portants des chevalets
de la belle ouvrage confectionnée par des artisans amoureux du travail bien faitil y en avait pour toutes les boursesde petits articles à prix douxdes œuvres plus chères pour les passionnésdes objets sensationnelsdu sur mesure pour tous les goûtscette échoppe ouvrait ses portes jours et nuitsaccueil irréprochabletoujours souriantchaque visiteur se sentait accueilli et bienvenuil pouvait rester des heuresflâner au milieu des rayons chaleureuxs’il repartait les mains videsjamais le ventre creuxcette boutique du bonheuroffrait à qui le souhaitaitde quoi se remplir le cœurdes bouquets d’émotionsdes paquets de saveursdes sachets d’arômes de viedes filtres d’amourdes pincées de nostalgiedes coffres à colèresdes bulles de joiedes bocaux de larmesdes musettes d’entrainc’était un magasin de fêteoù se côtoyaient tous les sentimentshélas la vitrine a été briséele stock a été pillétout s’est envoléla cloche ne tinte plus à la porteles guirlandes lumineuses n’ont plus d’ampoulesles eaux gazeuses n’ont plus de bullesles boules à facettes ne projettent plus de paillettesc’est un local vide et désoléaucun repreneur n’a rachetédes planches ont été clouéesdéfense d’entrerlongtemps rien n’a bougéun lierre a couvert la façadedes oiseaux se sont installésquelqu’un a écritj’ai l’air effritémais je continue de palpiteren ceux qui me connaissaient © Skitterphoto/pixabay